« Ce que je veux, c’est juste vivre normal »

Rencontre avec Jiji, sans-abri à Bruxelles

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Photos: Ahmadou Atafa

Rencontre avec Jiji, sans-abri à Bruxelles

Photos: Ahmadou Atafa

Jiji, 46 ans, vit dans la rue à Bruxelles depuis neuf ans. Il s’est installé devant une église du centre-ville avec ses deux chiens, entre le froid, la pluie et le regard des passants. Autour de lui, ces derniers s’arrêtent parfois. Une pièce, une caresse pour ses chiens, un mot rapide avant de repartir rapidement. A quelques pas, des artistes de rue attirent une foule joyeuse. Dans ce contraste de rires et de musique, Jiji reste immobile, le regard perdu, tenant la chaîne de sa chienne dans sa main. Ce sans-abris passe ainsi ses journées et soirées sur un matelas roulé, posé sur un sac qui lui sert de siège, adossé au socle froid d’une statue. Dans cet entretien, il raconte son quotidien, ses difficultés et son rêve d’une vie « normale ».

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Jiji, j’ai 46 ans. Je viens de Roumanie. Je vis ici, à Bruxelles, depuis neuf ans.
Où passez-vous vos journées ? Je reste ici, devant l’église, sur ma chaise. Avec mes deux chiens, Betty et Lola. Ils sont toujours avec moi.


Et vos nuits ?

Je dors derrière la Bourse, dans un petit coin que je connais bien. C’est tranquille, un peu à l’abri.

Et comment faites-vous pour manger ?

Je mange ce que les gens me donnent. Parfois des passants, parfois les restes de restaurants.


Et pour vous laver ou laver vos affaires ?

Je vais à un endroit à la Grand-Place où il y a des douches pour me laver. Sinon, je vais à Saint-Catherine, dans un espace privé. Je paye 15 euros pour laver mes vêtements et 7 euros pour prendre une douche.

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous ?

La pluie. Que ce soit le jour ou la nuit, c’est la pluie qui est difficile. Quand il pleut, je vais souvent m’abriter dans l’église, ici à côté.

Recevez-vous de l’aide d’une association ?

Non, personne. Je ne connais pas d’association qui aide ici.

Et pour votre sécurité ?

C’est mes chiens qui me protègent. Betty et Lola, ils sont tout pour moi.

C’est mes chiens qui me protègent. Betty et Lola, ils sont tout pour moi.

Et si vous êtes malade ?

Je ne sais pas où aller. Je ne connais pas d’hôpital.

Comment les gens vous regardent-ils ? Sentez-vous qu’il y a de la solidarité à Bruxelles ?

Certains gentiment, d’autres pas bien. Mais il y a de la solidarité, ça va.

Vous arrive-t-il parfois envie d’expliquer votre situation aux passants ?

Oui, parfois. Mais personne n’écoute.

Qu’est-ce que vous voudriez dire aux autorités ?

Je veux juste que la police me laisse tranquille.

Qu’est-ce qui vous donne encore de la force aujourd’hui ?

Mes chiens. C’est eux ma force.

Et votre rêve ?

Ce que je veux, c’est juste vivre normal. Avoir une maison, un travail, une famille.

Aux portes de la Grand-Place, cœur touristique de la capitale européenne, Jiji vit une réalité que beaucoup préfèrent ne pas voir. Derrière les vitrines étincelantes, Bruxelles abrite des vies suspendues, invisibles, où la survie dépend d’une couverture, d’un chien et de la générosité d’un passant.
Le contraste est saisissant, et interroge : comment, dans une ville riche en institutions sociales, tant d’hommes et de femmes continuent-ils de vivre dehors, à quelques pas des lieux de pouvoir européens ?
Sans révolte apparente, Jiji incarne une question urgente : celle du droit à la dignité.

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