Bruxelles : une ville qu'on finit par quitter ? 

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Photo (CC) Jan Van der Wolf

Photo (CC) Jan Van der Wolf

La capitale attire… mais tend à repousser. Depuis de nombreuses années, les Bruxellois quittent la capitale pour rejoindre périphéries. Alors que le profil des citoyens concernés évolue, la hausse des loyers ne peut pas expliquer, à elle seule, ce phénomène observable depuis les années soixante. 

Bruxelles se révèle être le lieu idéal pour entamer des études, obtenir un premier emploi et vivre une expérience formatrice en colocation. Toutefois, force est de constater que la ville n’est pas propice à l’ancrage résidentiel et que de nombreux citadins quittent Bruxelles chaque année. Cet exode urbain ne pourrait être qu’une façade derrière laquelle se cacheraient des dynamiques plus profondes, comme la présence de grands espaces, des cadres de vie plus verts ou encore l’influence de la hausse des prix du logement.

Migration péri-urbaine : une fuite ancienne en pleine expansion  

Depuis 2019, Bruxelles enregistre un nombre croissant de personnes qui quittent ses murs. Dans un contexte où la ville fait face à de nombreux défis politiques et institutionnels, la fragilité de son habitabilité se ressent dans la hausse des prix sur le marché locatif. Si le coût et la qualité de vie constituent un facteur de délocalisation des citadins vers d’autres régions, la nuance est de mise, précise Gilles Van Hamme, professeur en géographie économique à l’université libre de Bruxelles (ULB). « Ce phénomène existe depuis, au moins, les années soixante. Il s’agit de la périurbanisation, une tendance selon laquelle les ménages quittent la ville pour s’établir dans des espaces moins denses. À l’époque, ce sont davantage les classes moyennes et supérieures qui sortaient de la ville pour se diriger vers les Brabants, flamand et wallon. Le moteur principal de cet exil était l’accès à la propriété. Depuis les années 2000, ce processus reste très présent au sein des ménages aisés et s’étend également aux classes populaires.»

L’analyste en géographie et en démographie de l’Institut bruxellois de statistiques et d’analyses (IBSA) Jean-Pierre Hermia observe la même évolution du phénomène. Il ajoute que « ces ménages moins favorisés quittent Bruxelles pour s’installer vers les villes de Vilvoorde, Ninove ou Alost, du côté du Brabant flamand. Ils se rendent parfois plus loin, dans les régions de Charleroi ou de La Louvière, où il existe des logements moins chers, que ce soit au niveau locatif ou acquisitif ».

Marché immobilier : les prix repoussent-ils les habitants? 

La hausse continue des prix de l’immobilier dans la capitale est indéniable, et se cristallise dans les données sur les départs de la capitale enregistrés par l’institut de statistiques : l’année 2021 fut celle de tous les records , avec 44 905 sorties de Bruxelles enregistrées. Parallèlement, Federia, la fédération des agents immobiliers francophones de Belgique, a établi un comparatif des prix des loyers à Bruxelles entre 2019 et 2024. Elle rend compte d’une augmentation de 21,08 % pour l’ensemble des logements de la région.

Si les deux phénomènes semblent liés, Jean-Pierre Hermia se veut prudent quand il s’agit d’interpréter une éventuelle causalité. « Les prix de l’immobilier à Bruxelles ont beaucoup augmenté, ce qui peut renforcer la périurbanisation. Mais l’IBSA n’a pas étudié de lien direct de cause à effet avec l’augmentation des sorties. » Gilles Van Hamme abonde dans le même sens, et insiste sur l’existence de dynamiques constantes : « Il faut toujours concevoir la ville, et le centre-ville en particulier, comme un espace où il y a énormément de mouvements, où les gens viennent en fonction de leur parcours de vie, des rencontres qu’ils ont et de leurs projets ».

Au delà des chiffres, ​​des trajectoires de vie 

Au delà des départs enregistrés, les profils des citadins qui quittent la capitale varient. Hugo Périlleux, géographe, économiste et post-doctorant à l’ULB, distinguent deux profils qui bougent différemment dans le pays. « Certains partent de Bruxelles alors qu’ils possèdent déjà un logement, tandis que d’autres quittent la ville pour pouvoir devenir propriétaires. Les plus modestes s’installent principalement dans la périphérie nord, où les loyers sont plus bas. Certains restent locataires, mais beaucoup cherchent avant tout à accéder à la propriété ». La transformation du marché du travail n’est pas non plus étrangère à cet exode, à en croire les propos de Sarah De Laet, géographe et militante pour le Front Anti-Expulsion : « les classes populaires urbaines sont prises en étau. D’un côté, le travail devient plus rare et plus précaire, ce qui fragilise les conditions de vie ; de l’autre, la hausse des prix du logement dans les grandes villes les repousse toujours plus loin des centres ».

De nombreux experts s’accordent à dire que si la hausse des loyers à Bruxelles peut être considérée comme un facteur de périurbanisation, elle doit être abordée avec précaution. Au-delà de la mise sous tension du marché locatif, les départs de la capitale peuvent également s’expliquer à l’aune des trajectoires de vie et des capitaux individuels. Pour autant, l’heure est au constat : la Région de Bruxelles-Capitale peine toujours à retenir ses habitants.

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