Balle pelote : nos places de village visent l’UNESCO

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Le 27 mars 2026, la Fédération Wallonie-Bruxelles a déposé la candidature de la balle pelote au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Derrière ce dossier, des années de travail, fournies afin d’assurer la pérennité de ce sport belge.

Chasse, ballodrome, grand jeu, petit jeu, la livrée… Ce vocabulaire ne vous dit peut-être rien, et c’est bien dommage ! La balle pelote, c’est un sport qui a traversé les époques et fait suer des générations de Belges. Aujourd’hui, il est en déclin et a perdu de sa popularité, mais pour les acteurs de terrain, interdiction de s’apitoyer sur son sort et de jouer au Caliméro. L’heure est à la pérennisation de notre patrimoine. 

Pourquoi patrimoine et pas sport ?

Certes, la balle pelote est un sport avec des règles précises, encadré par une fédération et joué par des athlètes au gant de cuir (appelés pelotaris). Ce sport est un cousin germain du tennis, lié par un ancêtre commun : le jeu de paume. Avec le temps et la pratique, il a évolué en sport collectif de gagne-terrain, opposant deux équipes de cinq joueurs qui se renvoient une petite balle appelée pelote. Fabrice, membre de la Royale Dorinne Pelote, explique : « La balle pelote, c’est un sport complet, technique et dynamique. Ça prend du temps avant de bien maîtriser certains mouvements. »

Un public attentif à Gosselie dans les années 60 – Crédit photo collection Benoît Goffin

Mais le dépôt en tant que patrimoine culturel immatériel change tout. Là où le sport se concentre sur la performance et le score, le patrimoine, lui, s’intéresse à l’âme de la pratique. Selon Benoît Goffin, conservateur du Musée du Jeu de Balle, « Pour être qualifié de patrimoine immatériel, il faut que le jeu de balle soit porté par une communauté, avec une transmission du geste de génération en génération, et pour des gens à qui ce geste a du sens. » Fabrice, par exemple, a passé le relais à ses fils, aujourd’hui en D1.

En choisissant cette voie, on reconnaît donc que la balle pelote est un ensemble de gestes, de savoir-faire artisanaux (comme la fabrication des gants) et de traditions qui vont bien au-delà d’un simple match le dimanche après-midi.

Un truc bien de chez nous

Si vous cherchez l’ADN de la balle pelote, vous le trouverez entre le clocher de l’église et le café du coin. C’est un sport qui ne s’enferme pas dans des stades ; il vit dans la rue, sur ce qu’on appelle le ballodrome, traditionnellement installé sur la place du village. Benoît explique : « À Bruxelles, il y a encore soixante ans, c’était un jeu très populaire. Le nom de la “Place du Jeu de Balle” ne vient pas de nulle part. On peut encore voir le tracé du terrain de balle pelote sur la place du Sablon ! »

Fabrice se rappelle : « Quand j’ai commencé, il y a plus de quarante ans, dans les villages, il y avait un café, une église et un terrain de jeu de balle. »

Des tournois sont aujourd’hui encore organisé sur la Grand Place de Bruxelles – Crédit photo Jacques Saucin

Profondément belge, et plus particulièrement ancrée dans le Hainaut, le Namurois et le Brabant wallon, la balle pelote doit son caractère unique à son aspect communautaire. On encourage les joueurs en wallon, on partage les mêmes codes, on transmet la passion à ses enfants et on défend fièrement les couleurs de son village.
 
L’UNESCO, un immense coup de projecteur

Malgré son histoire, la balle pelote reste aujourd’hui peu connue en Belgique. Pour la faire durer, elle a été inscrite en 2022 au patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Aujourd’hui, l’objectif est d’aller plus loin avec une candidature auprès de l’UNESCO.

Benoît Goffin, qui a participé à la création du dossier, y voit déjà un effet positif : même sans décision finale, la démarche met la balle pelote en lumière, attire l’attention des médias et renforce sa crédibilité.

Selon lui, ce travail permet aussi de faire le point sur ce qui existe déjà pour protéger ce sport et de mieux structurer l’avenir. Le dossier sert en quelque sorte de feuille de route : il crée un lien entre les autorités et le terrain, notamment via un comité chargé de suivre les engagements pris. Et pour celles et ceux qui s’investissent au quotidien, cette reconnaissance est déjà une source de fierté.

Pour Fabrice, cette candidature est aussi une occasion de changer le regard porté sur la discipline : sortir des clichés et rappeler qu’il s’agit avant tout d’un sport ancré dans la vie des villages.

En attendant la réponse de l’UNESCO, prévue d’ici fin 2027, les pelotaris ne restent pas les bras croisés. Ils modernisent la pratique, tentent d’attirer de nouveaux joueurs et de nouveaux publics. Car au fond, tant qu’il y aura des passionnés pour enfiler le gant et des curieux pour s’arrêter au bord du terrain, la balle pelote continuera de vivre.

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