Comment les Ukrainiens en Belgique réagissent-ils à la fin de la « protection temporaire » accordée par l’UE ?
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En mars 2027, la protection temporaire mise en place par l’UE pour aider les réfugiés Ukrainiens en Europe touchera à sa fin. Après quatre ans de guerre entre l’Ukraine et la Russie, un accord de paix est loin d’être envisagé. Quel futur pour les milliers d’Ukrainiens en Belgique sous “statut spécial” ?
C’est dans un français impeccable, appris dès son arrivée en Belgique, que Dmitry raconte sa trajectoire. “Quand je suis arrivé, je suis allé à l’école à Braine-L’Alleud. Puis, j’ai commencé à apprendre le français à Bruxelles avec des cours intensifs. Et maintenant j’étudie à l’École Léonard de Vinci”, explique-t-il. Âgé de 21 ans et basé à Bruxelles, Dmitry est arrivé en Belgique en mars 2022. Étudiant pour devenir coach sportif, il est bien au courant des nouveaux changements concernant la protection temporaire. “Je savais que ça allait être supprimé et j’ai peur de ça. Je ne sais pas comment je vais faire après, il faudra que je change de statut ou que je demande un visa étudiant, mais ça voudrait dire que je n’aurais plus accès au CPAS”.

Dmitry, étudiant à l’école de Vinci.
À partir de mars 2022, un afflux massif d’Ukrainiens a été observé sur le territoire européen en raison de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Une “protection temporaire” a été mise en place dans l’ensemble de l’UE. Pour y avoir accès, il faut être un ressortissant ukrainien dont la résidence principale était en Ukraine avant le 24 février 2022. Cette protection inclut différents droits, tels le droit de résidence, d’accès au marché du travail et au logement, d’assistance médicale, d’aide sociale et d’accès à l’éducation.
Malgré la fin de cette protection, Dmitry n’envisage pas de retour en Ukraine. “Je reste en Belgique, parce qu’en Ukraine je n’ai pas d’avenir. On n’avait pas d’avenir même avant la guerre”.
Combien d’Ukrainiens habitent en Belgique depuis le début de la guerre ?
D’après l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA), en 2025 la Belgique a accueilli environ 71.000 Ukrainiens sur son territoire. La région qui en a accueilli le plus grand nombre était la Flandre, avec plus de 41.000 réfugiés, devant la Région de Bruxelloise-Capitale (plus de 16.000 réfugiés) et la Région wallonne (environ 12.000 réfugiés).
Depuis le début du conflit, la Belgique a délivré des attestations de protection temporaire à 93.343 Ukrainiens. Selon l’Office des étrangers, l’année 2022 a été celle où la Belgique a délivré le plus grand nombre d’attestations depuis le début de la guerre, avec plus de 63.300 attestations délivrées. En 2025, ce chiffre est tombé à 8.756, soit sept fois moins qu’en 2022. Cette baisse s’explique principalement par le fait que la plupart des Ukrainiens ayant fui la guerre sont arrivés en 2022. Par la suite, le nombre de nouvelles arrivées a chuté, entraînant une diminution du nombre de demandes d’attestation en 2025.
En juillet 2025, l’UE a annoncé que la protection temporaire serait arrêtée en mars 2027. À partir de cette date, le statut des Ukrainiens dans l’UE changera considérablement. Deux mois après, le 16 septembre 2025, le Conseil a adopté une recommandation concernant la sortie progressive du régime de protection temporaire. Ce texte vise à garantir un retour et une réintégration durable en Ukraine des personnes déplacées, ainsi qu’une transition progressive vers d’autres statuts de résidence pour les personnes éligibles.
Pavlo Koshka, coordinateur de l’asbl Ukrainian Voices est arrivé en 2022, “Avant d’arriver en Belgique, j’étais directeur d’opéra”, explique-t-il. En tant que coordinateur de l’asbl, il reçoit un grand nombre d’Ukrainiens provenant de toute la Belgique, “Personne ne sait ce qui se passera après mars 2027. Il n’y a pas de recommandations de la Commission européenne et rien de clair du gouvernement belge. Cette incertitude est très stressante parce que nous ne savons pas ce que nous allons devoir faire” dit-il inquiet.

Pavlo Koshka, coordinateur de l’asbl Ukrainian Voices.
D’après Pavlo, cette incertitude pose problème lors de la recherche de travail ou de logement. En tant que représentant de l’asbl, il essaye d’informer les Ukrainiens en détresse. “Nous informons les gens sur d’autres possibilités légales, comme un visa de travail, une protection internationale ou un visa étudiant. Mais ces procédures sont longues et compliquées”. L’asbl donne accès à différentes consultations gratuites pour la recherche d’emplois, d’éducation et de logement, ainsi que différentes activités, “Ici, ils peuvent faire partie d’une communauté. Si vous restez à la maison et que vous pleurez tous les jours, il est impossible d’avancer et de commencer votre intégration”, explique Pavlo.






L’asbl donne accès à différentes consultations gratuites, ainsi qu’à des activités culturelles.
D’après une responsable de la Commission en charge du dossier migratoire, les Ukrainiens ont différentes options “Cette recommandation du conseil ou “stratégie de sortie”, comporte différentes mesures. Le passage à un autre statut, comme un titre de séjour national, la “Blue card” ou une carte spécifique pour les étudiants et chercheurs. Nous encourageons que cette transition se fasse avant mars 2027”, indique-t-elle. Elle ajoute qu’un programme de retour volontaire a été mis en place pour les Ukrainiens. Ce programme s’adresse à tous les migrants, qu’ils soient demandeurs de protection internationale, demandeurs déboutés ou migrants sans permis de séjour. Il est organisé depuis la Belgique jusqu’au pays d’origine et comprend les frais de transport ainsi qu’une assistance pour le bon déroulement du voyage.
Au cours de l’année 2025 l’association Ukrainian Voices a interrogé plus de 600 Ukrainiens sur leur souhait de rester ou de partir du pays une fois leur attestation de protection temporaire arrivée à échéance. Selon leurs données, des 651 Ukrainiens interviewés, la moitié des répondants (52%) ont décidé de rester définitivement en Belgique. 35% sont susceptibles de rester, 10% sont prêts à retourner en Ukraine et seulement 4% des interviewés sont décidés à quitter définitivement la Belgique. Ce choix a été conditionné par différents facteurs, comme des raisons familiales, des meilleures conditions de vie et d’opportunités de travail, dû à une bonne intégration dans le pays, le fait qu’ils n’ont plus de famille ou de maison sur place et/ou l’aide financière qu’ils reçoivent de la Belgique.
Contrairement à Dmitry, Daria, 23 ans et basée à Bruxelles depuis deux ans, aimerait un jour retourner à Kharkiv, “Je me vois bien retourner, mais ça ne sera plus comme retourner à la maison. La dernière fois que je suis retournée c’était en 2023 et je me sentais tellement vide là-bas. Je pleurais et je ne pouvais pas m’arrêter, parce que c’était tellement difficile de voir ma ville préférée dans cet état là”, explique-t-elle. Étudiante en management à la VUB, Daria continue son intégration en Belgique. “Je suis venue à Bruxelles parce que ma sœur était ici depuis 2022. Le premier semestre a été très dur, je n’avais pas d’amis. Aujourd’hui, j’essaye de finir mon Master et j’apprends le néerlandais”, raconte-t-elle.

Daria dans le bâtiment de l’asbl Ukrainian Voices où elle est bénévole.
Le mois de février a marqué le quatrième anniversaire du début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Pour autant, l’avenir des Ukrainiens reste toujours aussi incertain. Daria se dit soucieuse de la fin de la protection temporaire. “Le fait que c’est bientôt fini n’est pas surprenant. Mais en même temps, si la guerre ne se termine pas, que feront les gens après ?”

