L’effet miroir du refuge Help Animals 

Quand sauver des animaux revient aussi à se sauver soi-même

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Quand sauver des animaux revient aussi à se sauver soi-même


Au refuge Help Animals, les animaux victimes de maltraitance et de négligence trouvent abri et soins, tandis que les bénévoles et les soigneurs y trouvent du réconfort. Entre saisies dramatiques et parcours de vie difficiles, ce sanctuaire montre que la guérison peut aller dans les deux sens. 

En ce matin pluvieux, le froid tombe sur Braine-le-Château. Au bout d’un chemin boueux, le refuge se dessine comme une grande maison moderne au milieu des prairies. On s’attendrait à croiser surtout de animaux domestiques, pourtant, dès l’entrée, apparaissent des cochons, des ânes, des vaches, et même un coq ! Malgré tout ce beau monde, l’ambiance reste calme et apaisante, un contraste saisissant avec les histoires lourdes qui s’y cachent. 

Secourir à temps  

Retrouvé sur les voies ferrées, Jake, le petit zébu que nourrit la soigneuse, a été pris en charge par le refuge. Soline explique que les animaux arrivent ici après des abandons ou des saisies. Dans le premier cas, ils sont souvent en meilleur état : leurs propriétaires reconnaissent ne plus pouvoir s’en occuper et les déposent volontairement. Les saisies, en revanche, sont beaucoup plus éprouvantes. En 2024, Help Animals a réalisé 49 saisies, montrant que la négligence animale reste fréquente. 

Carla, une autre soigneuse, se souvient avoir été appelée par la police chez un fermier qui n’était plus en mesure de nourrir son bétail. Plusieurs cadavres de vaches jonchaient le sol, et il a fallu se frayer un chemin pour atteindre les animaux encore vivants. Impossible de tous les sauver : les soigneurs ont dû faire des choix. « Le plus difficile, c’est qu’on ne peut pas pousser les murs du refuge. On prend prioritairement ceux qui ont le plus besoin de soins, les mamans et leurs petits. Ceux qui vont encore bien restent sur place, mais on connaît déjà leur sort futur. C’est dur, puis avec le temps, en partant en saisie, on se prépare au pire », confie-t-elle, en nettoyant les box des chevaux. L’un d’eux, Espera, porte les marques d’un passé difficile, pelage abîmé et dos creusé. Pourtant, les blessures visibles ne sont pas les seules : certains animaux sont aussi marqués psychologiquement. Selon Carla, c’est le cas d’un cheval de trait, Goliath, qui est arrivé méfiant face aux caresses et fuyant face au licol. L’animal de 700 kilos n’arrivait pas à redonner confiance et a un jour chargé la soigneuse qui s’en occupait. Certains l’auraient jugé trop dangereux et auraient envisagé l’euthanasie mais le refuge a travaillé sur son comportement et, aujourd’hui, il se comporte bien plus calmement  

Les formes de maltraitance sont multiples. Charcot, un cheval de trois ans, destiné aux courses, a été mis à la retraite prématurément pour un problème de hanche. Parce qu’il appartient à une bonne lignée, il continuait d’être exploité pour la « récolte de ses paillettes », explique Carla. Ils l’ont retrouvé affaibli sur une dalle en béton où il servait uniquement à perpétuer sa lignée à un rythme malsain.  

Le refuge pourrait ressembler à une ferme, sauf qu’à la place des tracteurs, il n’y a que des soigneurs. Ici, les animaux vivent tranquillement leur vie sans être utilisés à des fins particulières. D’ailleurs en refuge, la reproduction est interdite, tous les mâles doivent être stérilisés.  

Les animaux de ferme ne sont pas les seuls à avoir connu des souffrances. Les petits pensionnaires du refuge en ont également été victimes. Près de la piste des chevaux, un grand jardin clôturé abrite quatre chalets aux allures d’un mini marché de Noël. À l’abri de la pluie, certains chats se reposent, tandis que d’autres, au regard peureux et au pelage abîmé, scrutent chaque mouvement, évaluant le danger. Leur nombre est étonnamment élevé. Mirella, la bénévole qui s’en occupe, explique que cela tient à la surpopulation : trop de chats et une sensibilisation insuffisante à l’importance de la stérilisation. Un couple de chats non stérilisé peut, en deux ans, donner naissance à 144 chatons. 

Réconfort mutuel  

Malgré les histoires difficiles, l’ambiance au refuge reste chaleureuse et apaisante. Les animaux, même dans leurs regards tristes, montrent une reconnaissance envers les soigneurs et bénévoles. Cette reconnaissance est à double sens, ici, le refuge prend soin autant des humains que des animaux. 

Valérie, bénévole depuis 2 ans vient au refuge une matinée par semaine. Après un burn-out, elle cherchait une activité pour se reconstruire et retrouver confiance en elle. Travailler ici lui permet de reprendre le contrôle de sa vie. « Si je suis capable de faire ça le matin, ça me prouve que je peux faire autre chose du reste de ma journée, ça me motive de venir ici, je me sens utile, c’est bon pour mon égo », confie-t-elle. 

Tout comme Valérie trouve un soutien auprès des chats, Alexandre, l’un des rares hommes bénévoles au refuge, puise un réconfort auprès des animaux de ferme. Après une séparation, il s’est inscrit au refuge. « Les animaux rendent bien l’amour qu’on leur donne et dans ma situation actuelle, ça me fait du bien d’être ici », explique-t-il. Être avec les animaux, dit-il, lui apporte autant de réconfort qu’il en donne aux pensionnaires. 

Enveloppé dans cette atmosphère de bienveillance et d’espoir, le refuge a l’image d’une famille chaleureuse réunissant animaux, soigneurs et bénévoles. Quand la journée touche à sa fin, on a presque envie de rester.  

Un refuge comme Help Animals rappelle que le bien-être animal ne se résume pas à offrir un toit : c’est un travail quotidien de soins, de patience et de reconstruction. Carla et les soigneurs y agissent comme de véritables infirmiers, tirant les animaux de leur détresse pour les mener vers une seconde vie grâce à l’adoption. Et si ce lien apporte autant aux humains qu’aux animaux, les plus de 100 saisies prises en charge en 2025 montrent que la maltraitance reste une réalité tenace. «Le chemin vers le bien-être animal est encore long… c’est une bataille, il faut conscientiser les gens à ce sujet » rappelle Carla, comme un dernier appel à ne pas détourner le regard. 

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