Les pompiers bruxellois réclament 200 renforts

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Photos: Adrien Goffin

Photos: Adrien Goffin

Ce matin, environ 150 pompiers ont défilé dans les rues de Bruxelles pour dénoncer un sous-effectif chronique et exiger des renforts immédiats. Face à eux, un important dispositif policier, déployé pour empêcher le cortège d’approcher du Parlement et du conclave du futur gouvernement bruxellois.

Les combattants du feu ont quitté la caserne de l’Héliport vers 10 heures, ce matin. Casques en main, chasubles syndicales sur le dos, ils ont pris la direction du Parlement bruxellois, déterminés à faire entendre une revendication simple mais explosive : Bruxelles manque de pompiers.

Après être passé par la banque nationale et avoir rejoint courtement les autres syndicalistes présents contre l’Arizona, le cortège s’est retrouvé stoppé par un barrage policier, installé en travers de la route du parlement. Les agents étaient présents en quantité comparable au nombre de manifestants.

Le caporal Nyns, au milieu, participait au rassemblement

« Ça fait des années qu’il y a une augmentation de la charge de travail », raconte Pablo Nyns, caporal et délégué syndical CGSP. Il détaille des chiffres qui donnent le vertige. « En dix ans, il y a eu une augmentation de 70% du nombre d’interventions en ambulance, et 30% d’interventions en véhicules rouges. Par contre, on n’a vu aucune augmentation en termes de personnel. »

Pour lui, le résultat est évident. « Ça a créé un sous-effectif chronique. Ici, on est là pour demander 200 pompiers en plus dans le plan du personnel. C’est notre revendication centrale. »

Une ville qui tourne à flux tendu

Les pompiers décrivent une situation devenue structurelle. Plus d’interventions, plus d’urgences, plus de risques. Mais toujours les mêmes équipes, les mêmes effectifs, les mêmes corps épuisés.

L’adjudant Pierre Adams, responsable CGSP, résume la situation sans détour. « Il nous manque 200 pompiers à Bruxelles pour pouvoir fonctionner correctement et garantir la sécurité de la population. »

Prise de parole de l’adjudant Pierre Adams face au parlement bruxellois

Selon lui, l’alerte n’est pas nouvelle. Elle a juste été ignorée trop longtemps. « La cadence d’intervention et les besoins à Bruxelles ont augmenté considérablement ces 20 dernières années. On tire l’alerte depuis longtemps. »

Cette fois, les pompiers disent avoir franchi un cap. Il ne s’agit plus seulement d’épuisement professionnel mais d’un risque réel pour eux et pour la population. « On a dépassé le stade de dire qu’on s’épuise. On commence à avoir des problèmes de sécurité interne aux pompiers. On commence à paniquer pour la sécurité collective de la population. »

Objectif : interpeller le gouvernement bruxellois

Après avoir été bloqués devant le Parlement, les pompiers ont décidé de se déplacer vers le lieu où se joue, en coulisses, l’avenir politique de Bruxelles. Direction le conclave de formation du futur gouvernement régional.

L’idée est de mettre la pression là où elle compte. « Aujourd’hui, l’action est symbolique, mais l’idée c’est qu’on aille devant le Parlement bruxellois où doit se tenir un conseil des ministres, pour que le sous-effectif soit central dans leurs discussions », explique le caporal Pablo Nyns.

Sur place, même scénario pourtant. Même impression de mur politique et surtout même présence massive de la police.

Un feu est alors allumé, alors que les pompiers attendent, espérant qu’un représentant pourra être reçu par les négociateurs. Mais la réponse tombe rapidement, le conclave refuse de les rencontrer.

Dans le cortège, la colère explose. Un pompier lâche, amer : « Il n’y a aucune volonté politique à nous écouter. »

« La sécurité n’est pas une variable budgétaire »

Les discours syndicaux visent directement les responsables politiques. Les pompiers dénoncent une logique d’austérité permanente et une gestion budgétaire qui traite la sécurité comme un poste qu’on peut réduire.

Pablo Nyns martèle un message frontal. « La sécurité, ce n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. La sécurité de la population et des pompiers n’est pas une variable d’ajustement. »

Il insiste aussi sur une idée centrale dans la mobilisation : l’argent existe, mais les choix politiques ne suivent pas. « De l’argent, il y en a. La vraie question, c’est où le trouver. »

Dans les rangs, la frustration est d’autant plus forte que les pompiers ont le sentiment de parler au nom de l’intérêt général. Pour Pierre Adams, la sécurité devrait être considérée comme un droit fondamental.

« La sécurité, tout comme l’accès au logement ou l’accès à la nourriture, ce sont des besoins fondamentaux. Ce sont des enjeux démocratiques », affirme-t-il. « Ils sont élus démocratiquement. On estime qu’ils ont un devoir de respecter la démocratie et donc de respecter ces enjeux. »

La tension monte, mais pas de débordement

À mesure que l’attente s’éternise, certains pompiers envisagent de forcer le dispositif policier pour se rapprocher du conclave. L’idée circule, dans un climat de frustration et de fatigue. Mais les représentants syndicaux interviennent rapidement pour éviter tout dérapage.

Ils rappellent une ligne claire, répétée sur place. « On a pris un engagement envers la police donc aujourd’hui on ne sera pas violents, mais si on continue à ne pas être écouté, rien ne dit qu’on ne le sera pas dans le futur. »

La déception était grande après le refus du conclave d’entendre les pompiers

La phrase calme les plus énervés, mais elle ne fait pas disparaître le sentiment d’humiliation. Beaucoup repartent avec l’impression d’avoir été mis à distance, traités comme une nuisance, alors qu’ils alertent sur un danger collectif.

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