Portrait de l’homme fort de la Communauté germanophone
Dans l’est de la Belgique, tout le monde connaît Oliver Paasch, car son visage fait partie du quotidien politique depuis près de trois décennies. D’abord en tant que député, puis en tant que ministre et, depuis 2014, en tant que ministre-président de la Communauté germanophone. Retour sur sa carrière.
« Je suis étonné de voir à quelle vitesse le temps passe. Je n’avais pas l’intention de passer la moitié de ma vie en politique. J’ai toujours considéré cela comme un hobby qui me plaisait, mais qui ne devait pas devenir un métier. » À l’origine, Oliver Paasch voulait faire carrière dans le secteur bancaire. Après ses études de droit, il entre à la banque CBC et suit des formations complémentaires pour occuper un poste de direction.
« À l’époque, nous avions discuté d’un plan de carrière. Pour moi, il était tout à fait clair que j’allais continuer à travailler là-bas. » Mais, en 2004, tout change lors des élections. Karl-Heinz Lambertz, alors ministre-président du parti socialiste SP, lui demande de devenir ministre. « Je ne voulais pas le faire. Mais les autres membres de mon parti ont refusé le poste, et, vu que les votes préférentiels m’étaient favorables, il aurait été incroyable de refuser. »
Sa vie s’oriente alors entièrement vers la politique. « Je n’aurais jamais pensé que cette hésitation déboucherait sur un engagement politique aussi durable. Cela me semble encore irréel », avoue le ministre-président.
Précisons que la politique fait partie du quotidien de la famille Paasch à Saint-Vith. Son père, Lorenz Paasch, était membre du PDB, le parti prédécesseur informel de ProDG. Le PDB, né dans les années 1970, était un parti régionaliste, perçu à ses débuts comme protestataire et autonomiste. Le ProDG reste régionaliste, mais se concentre davantage sur l’élargissement des compétences de la Communauté germanophone pour en faire la quatrième région. « Mon père et ma mère m’ont transmis leur passion pour la politique, car on en parlait beaucoup à la maison. Cependant, je n’ai jamais voulu suivre simplement les traces de mon père. Au contraire, j’ai essayé de m’émanciper. J’ai essayé de trouver mes propres thèmes et je me suis présenté différemment. Cela s’est bien sûr remarqué. »
Encore étudiant, Oliver Paasch avait même fondé le mouvement Juropa, qui s’était présenté contre le PDB de son père aux élections européennes de 1994. Par la suite, ce mouvement a formé un cartel avec le PDB, dont Paasch a toutefois voulu se détacher pour fonder le ProDG. « Je voulais un mouvement citoyen vraiment ouvert, où différentes opinions puissent se côtoyer. Le PDB n’était pas une option pour moi, car je ne partageais tout simplement pas certaines de ses opinions. »
Pour la population, la distinction entre père et fils, PDB et ProDG n’est peut-être pas aussi claire que Paasch tente de le montrer. Lorsqu’il revient sur plus de 20 ans de travail au sein du gouvernement, il relève les moments extrêmement stressants, qui ont poussé aux limites physiques, notamment pendant la crise covid. « Nous avons parfois discuté et négocié pendant 36 heures d’affilée. »
Pour gérer ce stress inhérent à la fonction, Paasch s’adonne au sport deux à trois fois par semaine. « Si je n’ai pas le temps de faire du sport pendant une semaine, je me sens moins bien. » Il prend également des vacances annuelles au ski pour se détendre, sans e-mails ni coups de fil.
Si Paasch essaie de séparer vie privée et fonction, il montre pourtant une certaine inquiétude. « Maintenant que mes filles sont à l’école, leurs camarades savent qui je suis. Et elles doivent faire avec. » Très occupé, le ministre-président regrette de ne pas pouvoir consacrer davantage à sa famille et de ne pas être présent à chaque moment important ou heureux auprès de ses filles.
Auprès du public, Oliver Paasch et ProDG sont difficilement dissociables, ce que confirme l’ancien ministre ProDG Harald Mollers : « Je pense qu’il ne faut pas se faire d’illusions. Dans la perception extérieure, Oliver Paasch est synonyme de ProDG, et ProDG est synonyme d’Oliver Paasch. Il n’y a pas d’autre façon de le caractériser ». Paasch, lui, fait la distinction et précise que « ProDG, c’est bien plus que moi et fonctionnerait bien sans moi ». Il voit d’ailleurs en Liesa Scholzen, la jeune sénatrice germanophone, et en Lydia Klinkenberg, l’actuelle ministre germanophone de la santé, des personnalités capables d’assurer l’avenir de ProDG, mais Mollers, lui, craint le changement à la tête du parti. Il met en avant le rôle de leader que Paasch a acquis dans les négociations politiques et sa façon d’arriver au compromis sans entrer en conflit avec ses partenaires.
C’est peut-être ce trait de caractère de Paasch qui permet d’éviter les débats houleux au Parlement germanophone. « Je discute régulièrement avec des députés de l’opposition qui me critiquent à la tribune pour voir ce que nous pourrions faire ensemble malgré tout. Je ne veux pas de guerre des fronts. »
La fin de sa carrière politique ? Paasch affirme ne pas y penser, même s’il ne veut pas rater le moment de se retirer. Conscient que ce moment arrivera tôt ou tard et que de nombreuses personnes ont raté le bon moment, il part du principe que « cela ne passera jamais de 100 à 0. Même si je ne fais plus de politique à plein temps, je ferai autre chose. »
À la question de savoir ce qui restera de sa politique après son départ, il répond par deux souhaits : le maintien de l’orientation fondamentale vers l’autonomie de la quatrième région et l’engagement en faveur des institutions de la Communauté germanophone. Et de terminer sur une note positive : « Je crois qu’on peut faire beaucoup en politique. Il est même possible de fonder son propre mouvement et d’avoir ainsi un impact. »

