Entre fantasme et réalité : vivre de son image sur Mym

Archessia raconte la réalité du travail du sexe sur la plateforme Mym

par

Photos : Jade Regau

Archessia raconte la réalité du travail du sexe sur la plateforme Mym

Photos : Jade Regau

Archessia, de son vrai prénom Stéphanie, est travailleuse du sexe sur la plateforme Mym depuis 6 ans. Loin des fantasmes et des clichés sur l’argent facile, elle n’a jamais atteint le salaire minimum général. Aujourd’hui, elle raconte son quotidien sans tabou et ce que signifie réellement vivre de ce métier.

Comment avez-vous commencé ce métier ?

C’est ma colocataire qui m’a parlé de la plateforme Mym. J’ai débuté avec des photos de pieds, parce qu’à la base, je ne voulais pas faire de porno. Sauf que je me suis rendue compte que le marché des pieds était saturé. J’ai des jolis pieds mais ils ne sont pas extraordinaires. Par contre, j’ai des seins et en plus ils sont percés. Alors, je me suis dit, je vais essayer de garder un anonymat et de concentrer tout sur ma poitrine. Mais là aussi, j’ai réalisé rapidement que l’anonymat ne fonctionne pas. Alors pour parler de manière franche, pour l’appât du gain, j’ai repoussé toujours plus mes limites en laissant mon anonymat de côté. Les personnes qui viennent sur ces plateformes recherchent une réelle connexion. Pour parler de manière crue, ils veulent un accompagnement à leur branlette. Il faut amener quelque chose de différent de ce que proposent les plateformes gratuites comme PornHub, pour que ça fonctionne.

Pouvez-vous m’expliquer concrètement comment fonctionnent les plateformes Mym et OnlyFans ?

Le plus facile, c’est de décrire Mym comme l’Instagram du sexe. On poste ce que l’on veut comme photos et vidéos et les utilisateurs peuvent venir nous parler par messages privés. L’abonnement, ici, fonctionne de manière mensuelle. Pour ma part, je passe une journée à réaliser tout mon contenu et pour le reste je poste chaque jour trois photos censurées et une photo publique et, le vendredi, c’est une vidéo. OnlyFans, je suis en train de quitter la plateforme petit à petit parce que ça ne fonctionne pas bien.
On pourrait dire qu’OnlyFans, c’est un peu le McDo du cul, tandis que Mym c’est la petite friterie de la gare du cul. Mym est plus intimiste, avec moins de grands noms et la possibilité de mieux valoriser ses abonnements. OnlyFans, en revanche, est saturé, avec beaucoup de créatrices célèbres qui vendent à bas prix, ce qui rend la concurrence difficile. Elles vendent leur abonnement à 1 euros par mois sur OnlyFans, pas besoin de demander plus, étant donné qu’elles ont des millions d’abonnés. C’est donc impossible pour nous, plus petites créatrices, de rentrer en concurrence.

OnlyFans c’est un peu le McDo du cul, tandis que Mym c’est la petite friterie de la gare

Selon vous, qu’est-ce qui explique que 1% des créatrices de contenu sur OnlyFans raflent un tiers des revenus de la plateforme (chiffre cité dans le reportage Youtube de la journaliste Charlotte Vautier) ?

Je pense qu’il y a plusieurs choses. Souvent, ces personnes qui font partie des 1% ont buzzé sur d’autres plateformes. Par exemple, Khalamite qui est dans ce reportage a buzzé sur la plateforme Jackie & Michel, qui est connue pour être problématique en raison de nombreux cas de viols et de proxénétisme. Il y a un côté un peu frustrant de se dire qu’il n’y a peut-être aucune façon éthique et saine d’arriver dans ces 1%. L’affaire récente de Bonnie Blue devenue virale après avoir fait un marathon sexuel avec des centaines d’hommes, illustre bien la surenchère du métier. On se demande ce qu’on va devoir proposer pour continuer à satisfaire nos abonnés.

Quel est votre revenu sur la plateforme Mym ?

En moyenne, je gagne 300 euros par mois. Au début, je pensais gagner facilement un SMIC mais ça n’a jamais été le cas. Mon abonnement s’élève à 19,99 euros par mois et mes contenus personnalisés à 40 euros mais je ne touche qu’une partie. Mym se sucre sur notre dos en prenant 25% de commission. Et encore, moi ça va, parce que j’ai les allocations handicapées mais les personnes qui ne comptent que sur le TDS, ce n’est pas facile de terminer le mois. Je reçois 1200 euros d’allocations de handicap à cause d’un petit cocktail de pas mal de choses : maladie de Crohn, Verneuil, Scheuermann et je suis également borderline et sur le spectre de l’autisme.

Vous utilisez quoi exactement comme matériel pour créer du contenu ?

J’ai aménagé le garage en studio, avec des loquets aux portes, pour qu’il y ait le plus de sécurité possible. J’ai une petite centaine de tenues maintenant et pas mal d’accessoires. D’ailleurs, c’est quelque chose que j’ai vite appris. Au début, je pensais que plus le gode était grand, mieux c’était, mais en réalité, loin de là. Il y a beaucoup d’hommes avec des pénis de tailles différentes qui cherchent à pouvoir s’identifier.

Est-ce que ce métier a changé le rapport à votre corps ?

Oh oui, beaucoup ! Ça m’a aidé à 100%. Je me détestais avant, je ne savais pas me regarder. Je prenais ma douche en regardant le plafond. Ce n’est pas la validation masculine qui m’a aidée. En fait, quand tu prends des photos de toi nue sous tous les angles, il y a une dédramatisation de l’image que tu as sur ton corps. Dans le sens où là mon corps et moi, on est deux entités différentes, c’est mon collègue de travail. Et en même temps, je me suis réapproprié mon corps, en apprenant ce qui m’allait bien et en me rendant compte que oui, je suis belle, je m’aime et c’est cool.

Comment est-ce que vous vous présentez quand des gens vous demandent ce que vous faites dans la vie ?

En général, pour détendre l’atmosphère, je dis pute. Une fois qu’on retire un petit peu ce pouvoir de la honte, ce qui reste, ce sont juste les rires, même s’ils sont un peu gênés. J’ai un couple d’amis qui sont tombés sur moi il y a quelques temps, ça les a fait rire, ils ont zappé et ils sont passés à une autre vidéo. Au final, ce qu’il faut retenir, c’est que la plupart du temps, les gens s’en foutent de tout. De plus, je me sens beaucoup plus digne de faire mes photos de fesses dans mon garage, qu’un milliardaire qui va exploiter des centaines de personnes tout au long de sa vie.

Nouveau sur Mammouth

Entre fantasme et réalité : vivre de son image sur Mym
"C'est dans votre tête"
Solidarité itinérante
Au cœur du Conservatoire royal de Bruxelles