“Aucun avion n'est invisible”

Le spécialiste de l'aviation Xavier Tytelman à propos du F-35 :

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Le spécialiste de l’aviation Xavier Tytelman à propos du F-35 :

Octobre 2025. Quatre F-35 arrivent en Belgique à la base de Florennes Ils remplaceront l’arsenal obsolète de chasseurs F-16. Au total, dans quelques années, la Belgique disposera de 45 avions équipés des technologies les plus modernes.

 De nombreuses discussions ont lieu quant à la justification d’un tel choix de la part de la Belgique. Le ministre belge de la Défense, Theo Francken a déclaré à l’agence Belga: « Aucun avion de combat ne peut rivaliser avec le F-35 » Xavier Titelman, un ancien militaire de la Marine nationale française, n’est pas d’accord. Il a servi en tant que Détecteur Navigateur Aérien, spécialisé dans la sécurité aérienne. Il est aujourd’hui consultant en aéronautique et défense, formateur et youtubeur, et dirige le Centre de Traitement de la Peur de l’Avion.

-Le F35 serait le « meilleur avion du monde », affirme Roeland Van Thienen, colonel et directeur du programme F-35. Considérant l’expérience de la guerre réelle menée actuellement par la Russie en Ukraine. Qu’est-ce qui détermine actuellement cette supériorité aérienne ?    

Le premier élément, c’est l’erreur de considérer un avion comme « supérieur » simplement parce que les américains le répètent. Certains appareils sont spécifiquement dédiés à un type de mission et ils dominent dans ce domaine, c’est par exemple le cas du F-22 pour la supériorité aérienne, mais il est incapable de délivrer une bombe. Le F-35 a pour sa part été spécifiquement conçu pour réaliser des missions de pénétration dans un espace aérien contesté afin d’y délivrer ses armes, et ce type de mission a imposé énormément de sacrifices sur d’autres critères, même s’il est officiellement un appareil multi-missions.

-Quels avantages ont F-35 face aux autres avions de chasse ? Quels sont les critères essentiels des avions de 5ème génération: la furtivité, la forme d’avion, le revêtement absorbant les ondes radar….?   

L’objectif  d’être totalement furtifs est clairement trop ambitieux : les performances espérées au début des années 2020 ont été revues à la baisse et ne seront atteint, au mieux, qu’en 2032. La forme du nez, optimisée pour la furtivité, ne permet plus d’y insérer le radar aux performances prévues, le moteur n’a pas la capacité de générer la puissance électrique ou le refroidissement nécessaire aux systèmes électroniques, alors que de plus en plus de radars capables de détecter le F-35 deviennent opérationnels dans le monde, rendant sa furtivité obsolète.Et les USA ne sont pas transparents sur les performances qui ont été révisées, c’est écrit noir sur blanc dans le dernier rapport du GAO[1] (Le Government Accountability Office, qui fournit des services d’audit, d’évaluation et d’enquête au Congrès américain.

-Quelle est alors la pertinence de l’utilisation du F-35 ?

Chez les décideurs politiques, le concept purement marketing de « chasseur de 5ème génération » ainsi que la furtivité interdisent tout débat sur la pertinence de l’avion. En pratique, à quoi bon disposer d’un avion furtif pour faire du soutien aux troupes au sol, porter assistance à un avion de tourisme perdu, intercepter un avion ou abattre des drones à bas coût ? La Grèce est à ce titre le meilleur exemple de combinaison du meilleur des deux mondes : leur flotte est constituée majoritairement de Rafale aux coûts d’exploitation maîtrises (20.000€ / heure de vol) et parfaitement adaptés à 99,9% des missions qu’une armée de l’air doit réaliser, notamment pour dominer les chasseurs russes avec certitude. Si par malheur la Grèce devait être engagée face à la Turquie, elle disposera en complément d’une poignée de F-35 dédiés à la destruction de la défense aérienne achetée auprès des Russes, une capacité qui ne sera disponible qu’autour de 2032 sur Rafale. Disposer d’une double flotte est ainsi un gage d’efficacité et d’économies pour la Grèce, et aucune armée de l’air ne devrait disposer d’une aviation uniquement constituée de F-35, raison pour laquelle même les USA continuent de commander des F-15.

– Tout miser sur le F35 serait une erreur ?

On se rend aujourd’hui compte que le F-35 a été imposé à ses clients plus qu’ils ne l’ont choisi. La Norvège a subi des pressions diplomatiques révélées par les WikiLeaks alors qu’elle allait choisir le Gripen suédois, et tout laisse penser que la Suisse a subi les mêmes méthodes. La compétition organisée aux Pays-Bas et basée sur plus de 700 critères d’évaluation a vu le Rafale français battre le F-35.

Les allemands, eux, voulaient que la mission nucléaire soit réalisée par le F18 une fois que le Tornado sortirait d’activité, mais les USA ont annulé l’intégration de la bombe atomique B61 sous le F-18, afin d’imposer le F-35 comme choix unique. C’est pour cela que l’Italie, l’Allemagne, les Pays Bas et la Belgique n’avaient pas le choix : soit ils prennent du F-35, soit ils perdent leur capacité nucléaire dans le cadre OTAN.

– L’Allemagne a envisagé d’utiliser le F/A-18 (Super Hornet) de Boeing, mais les États-Unis ont retiré ce modèle de la liste des avions pouvant être utilisés pour le partage des armes nucléaires , c’est-à-dire  aptes à une mission nucléaire. Cela a finalement incité l’Allemagne à changer son choix en faveur du F-35. 

En d’autres termes, l’avion  F-18 figure sur la liste des appareils disponibles dans le monde, mais les Américains l’ont exclu de la compétition pour les missions nucléaires de l’OTAN.

-Exact,

La nouvelle menace aérienne, ce sont les drones?

Et les avions de chasse sont parfaitement inadaptés pour faire face à des drones civils

à quelques milliers d’euros, il faut intégrer des systèmes d’interception à bas coût comme le font les Ukrainiens.

Le modèle d’avion F-35A acheté par la Belgique coûte 82,5 millions d’euros, comme indiqué sur le site officiel de Lockeed Martin, le constructeur de l’avion. Le coût d’utilisation est d’environ $42 000 USD par heure de vol. Le prix du casque de pilote F-35 est d’environ 370 000 euros.  Ces prixsont-il justifiés ?

Chaque avion ne vole que 180 heures par an avec un coût supérieur à 40.000$ par heure, contre un objectif de 220 heures au même prix qu’un F-16, soit 25.000€. En raison des opérations de maintenance. Les avions ont un objectif de disponibilité, avec des maintenances prévues à différentes échéances.

Dans ces conditions, il n’y a simplement plus assez d’avions opérationnels pour que les armées équipées puissent réaliser toutes leurs missions, imposant aux clients de commander encore davantage d’avions… Même la Cour des comptes américaines dit qu’il faudra réduire les ambitions de flotte de l’US Air Force malgré une accroissement inédit des coûts d’exploitation autorisés pour l’appareil. 

-Vous disiez que conformément aux contrats il faut se connecter au serveur américain pour que le système de préparation de mission continue à fonctionner convenablement.  Quid, si, en cas de menace réelle, la Belgique ne peut pas utiliser les F-35 sans l’accord des États-Unis ?

Les USA gardent totalement la main sur l’avion puisque celui-ci doit être connecté tous les 30 jours aux serveurs américains. Toutes les informations d’exploitation sont dès lors partagées sans l’accord de l’utilisateur tandis que les USA peuvent en dégrader les performances, voire lui interdire décoller, un manque de souveraineté qui a amené les Emirats arabes unis à annuler leur commande pour se tourner vers le Rafale.

-L’infrastructure actuelle où sont actuellement entreposés les premiers avions F-35 “est conçue pour un usage en temps de paix” – dit le ministre belge de la Défense, Theo Francken.

Les infrastructures nécessaires à la maintenance du F-35 sont très lourdes, ce qui interdit de répartir les avions sur de nombreux aéroports comme l’ont fait les Ukrainiens avec leur flotte d’avions, notamment les F-16, Mirage 2000 ou Su-27. Cette méthode qui a permis de sauver l’aviation ukrainienne serait inapplicable sur le F-35.


[1] Le GAO a visité les locaux des sous-traitants, recueilli et analysé des informations sur le coût, le calendrier et la production du F-35.  Le programme F-35 éprouve des difficultés en termes de coût, de calendrier et de productivité, ce qui suscite des critiques pour ses promesses excessives et son manque de résultats.

   Le rapport du GAO (3 septembre 2025) met en évidence les problèmes actuels liés au F-35 : PHOTO-GOA

-Retards de livraison :

Les sous-traitants du programme, Lockheed Martin et Pratt & Whitney, ont continué à livrer des avions et des moteurs avec des retards. En 2024, Lockheed a livré 110 avions. Tous ont accusé un retard moyen de 238 jours, contre 61 jours en 2023.

Coûts de modernisation : le programme de modernisation du F-35 Block 4 dépassent le budget de 6 milliards de dollars et les retards se prolongent depuis des années.

Incitations à la performance

Ces dernières années, le programme a versé à des sous-traitants tels que Lockheed Martin des centaines de millions de dollars sous forme de primes incitatives destinées à améliorer la ponctualité des livraisons. Cependant, la structure des incitations à la livraison dans les délais permettait au contractant de livrer les avions avec un retard pouvant aller jusqu’à 60 jours et de percevoir tout de même une partie de la récompense. (https://www.gao.gov)

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