Stéphane Vanhandenhoven : « Tu finiras troubadour ou aux puces »

Stéphane Vanhandenhoven est antiquaire à la rue Haute. Depuis 2018, il est surtout connu pour sa participation à l’émission « Affaire Conclue ». Il revient sur quelques moments charnières de sa vie pour Mammouth Media.

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Photo : Hippolyte Waiengnier

Stéphane Vanhandenhoven est antiquaire à la rue Haute. Depuis 2018, il est surtout connu pour sa participation à l’émission « Affaire Conclue ». Il revient sur quelques moments charnières de sa vie pour Mammouth Media.

Photo : Hippolyte Waiengnier

Comment êtes-vous entré dans ce monde singulier ? Vos parents travaillaient dans le domaine ?

Je suis entré par la toute petite porte. J’ai d’abord essayé de faire Sciences Po à l’ULB, j’ai fait mes deux premières années. Je ne les ai pas mal réussies, mais j’ai arrêté car j’avais besoin de bosser. Avec un copain, on a créé une entreprise de livraison, un peu comme DHL aujourd’hui. On s’est planté pour plusieurs raisons, je me suis notamment fâché avec mon associé. J’ai dû me relever de cet échec qui m’avait coûté un peu de sous. Je n’avais pas le moral non plus. C’est là que deux trois potes qui étaient dans le métier m’ont dit : « Viens avec nous, on va te changer les idées ». Ça m’a tout de suite botté.

J’ai commencé sur le marché aux puces… c’est un métier extrêmement dur. Quand il y a -10°C à 6h du mat’, c’est pas la joie. En général, on fait ça trois ou quatre ans, puis on se cherche une boutique, ne fût-ce que pour mettre la marchandise à l’abri.

« Cette boutique, c’est l’anti-IKEA. Les objets vivent une deuxième fois grâce à nous. »

Quel était votre métier de rêve ?

Quand j’étais jeune, je voulais faire du théâtre. Ce que mon père a toujours refusé. Il me disait : « Tu finiras troubadour ou aux puces à Bruxelles ». Grâce à la télé, j’ai pu faire les deux ! (rires) Je pense que j’ai fait les puces un peu pour l’emmerder. On ne s’entendait pas à l’époque. Heureusement, à la fin de sa vie, on s’est réconciliés. C’est quelque chose d’important pour moi, de dire aux gens qu’on aime… qu’on les aime. Je le répète souvent à mes enfants.

Où avez-vous passé votre enfance ?

Dans les Marolles, avec mon grand-père qui s’occupait de ma sœur et moi. C’est certainement lui qui m’a donné le goût des choses anciennes. J’habitais à Anderlecht, mais je venais souvent ici le dimanche. J’ai toujours aimé ce quartier, bien qu’il ait évolué. Autrefois, c’était un lieu populaire. Aujourd’hui, ça s’est fort gentrifié.

Qu’est-ce qui vous maintient dans ce métier ?

Déjà, je ne pourrais plus rien faire d’autre (rires). En réalité, je me suis souvent remis en question, notamment suite à l’apparition d’Internet dans le métier. Ça m’échappe un peu. C’est devenu plus compliqué pour moi. Heureusement que j’ai mon fils qui m’aide à ce niveau-là.

Sinon, je me suis dit pourquoi ne pas ouvrir un resto un jour… Cela dit, ce n’est pas parce que je cuisine bien pour mes copains que je serais un bon chef en cuisine pour quarante-cinq couverts.

Vous avez eu de graves problèmes de santé. Ça vous a changé ?

J’ai eu deux infarctus. Le premier à Beyrouth, le lendemain de l’explosion dans le port. C’était en plein mois d’août et il faisait très chaud. Le second c’était il y a trois mois, mais c’était chez moi, et mon fils était là pour m’aider.

Pendant mes infarctus, c’était blackout. Je ne me souviens de rien. J’aurais bien voulu voir Dieu mais tout ce que je voyais, c’était un écran noir, plus sombre que quand vous vous endormez. Depuis lors, je suis beaucoup plus calme. On ne dirait pas à la télé, mais je suis un grand nerveux. Désormais, je me prends moins la tête sur certaines difficultés. Je me focalise sur l’essentiel, chaque heure qui passe est une heure de gagnée pour moi.

Stéphane tient la boutique Haute Antiques depuis 20 ans avec plusieurs autres marchands

Vous êtes connu pour votre participation à l’émission Affaire Conclue, diffusée sur France 2 et La Une. Comment avez-vous démarré l’aventure ?

La Warner, qui produit l’émission, a exigé qu’il y ait un certain nombre d’acheteurs belges sur le plateau. Ils ont fait des castings et m’ont appelé. Mon profil collait avec ce qu’ils recherchaient. J’ai appris plus tard que la boîte de casting avait contacté trois autres acheteurs. Tous ont refusé et tous leur ont donné mon numéro en disant « C’est lui qu’il vous faut ».

Au début, je ne voulais pas le faire. Puis mes fils m’ont dit : « Papa, si tu ne prends pas cette opportunité, t’es vraiment un con ». Je me suis dit qu’ils devaient avoir raison, je me suis lancé et je ne le regrette pas.

Qu’est-ce que vous aimez dans cette émission ?

J’adore, c’est du théâtre au fond. C’est une émission télé dans laquelle je suis payé pour vivre de ma passion, c’est le pied. On reçoit 1.300€ par jour de tournage. En général, je tourne deux jours par mois. Vous voyez, c’est pas mal, quand même. Dans ce pays, y’a des gens qui vivent avec 1300€ pour un temps plein. Moi, c’est pour un jour de travail… c’est limite scandaleux.

Aussi, elle met en avant des métiers manuels méconnus. Il y a 20 ans, quand un môme disait à ses parents qu’il voulait devenir ébéniste, ils lui répondaient : « Quoi ? Tu vas mettre tes mains dans la cire ?! Pas question, tu seras avocat ou journaliste », ce qui est encore pire. L’émission contribue à changer le point de vue des gens là-dessus.

Et surtout, j’y ai rencontré des gens qui sont devenus des amis. Je peux mettre en avant l’image de la Belgique et de Bruxelles. C’est un honneur. Les Belges sont enfin reconnus pour autre chose que les frites ou le fait d’être dépensiers quand ils vont en vacances dans le Var.

Ça vous fait quoi d’être reconnu dans la rue ?

La première fois, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. C’était en face de la boutique, sur la terrasse du Petit Lion. Deux gamins au look inquiétant passent devant moi. Ils étaient habillés en noir et portaient des capuches. Ils s’approchent et me lancent : « Depuis qu’on vous regarde à la télé, on est fiers d’être belges ». J’en étais ému et fier. Forcément, ça flatte l’égo ; ce n’est pas désagréable. Les gens sont bienveillants et ont l’impression de vous connaître. On passe régulièrement dans leur salon, après tout.

Propos recueillis par Hippolyte Waiengnier

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