Stand-up ovation pour Fanny Ruwet

La chroniqueuse radio brise le quatrième mur et secoue la scène du stand-up belge.

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Photo : Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

La chroniqueuse radio brise le quatrième mur et secoue la scène du stand-up belge.

Photo : Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

« Ça ne m’était jamais passé par la tête de faire de l’humour », révèle Fanny Ruwet. Adolescente, à part certains sketches cultes de la scène française, l’humour ne la branche pas spécialement. Un master en relations publiques plus tard, elle choisit de se consacrer au monde des ondes. Pure, la radio pop-rock de la RTBF, la comptait déjà dans ses rangs alors qu’elle était encore aux études. Une période durant laquelle elle commence à travailler avec Dan Gagnon et assiste à de nombreux spectacles de stand-up. En septembre 2018, Fanny se lance le défi de participer à une scène ouverte du Kings of Comedy Club. « Je voulais simplement voir si mon discours pouvait être logique et comique à la fois. Ça m’a vraiment plu, alors j’ai continué. »

Fanny Ruwet
Fanny Ruwet, chroniqueuse radio, créatrice de podcast et humoriste – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

Dans le séjour de son 100 mètres carrés bruxellois, une grande bibliothèque dévoile le pan littéraire de la jeune Hutoise. Aux côtés d’une Game Boy Color et du DVD de Pulp Fiction, Steve Tesich se range avec Dolly Alderton et J. D. Salinger, auteur américain de son « bouquin favori de tous les temps », L’Attrape-cœurs. Le roman est empli d’anxiété et d’incertitude, des sentiments qui résonnent avec le syndrome de l’imposteur auquel Fanny a longtemps fait face. Aujourd’hui, la jeunotte de l’humour s’accorde à dire qu’il n’est pas possible de s’en débarrasser totalement. « J’essaie de ne plus me sentir illégitime dans mon travail, du moins pas tout le temps. »

Assise par terre en tailleur telle une enfant, Fanny travaille sur un épisode de son podcast Les Gens Qui Doutent. Des doutes et des peurs, la jeune femme de vingt-cinq ans n’en manque pas. Elle craint de ne plus apprécier son quotidien, d’avoir été trop vite en stand-up, que les gens n’aiment pas son humour. « Finalement, ma vie, ce n’est qu’une suite d’évènements qui se sont toujours bien enchainés. Mais le jour où je n’aimerai plus ça, que vais-je faire ? »

Les gens n’imaginent pas la rigueur que demande le stand-up.

Changement de décor, à quelques pas du cimetière d’Ixelles. Atmosphère sombre et intimiste, Fanny ouvre la porte du Kings. Un véritable laboratoire de la blague où jeunes artistes et humoristes confirmés se côtoient. Si elle ne foule la scène que depuis un an, l’apprentie blagueuse semble avoir toutes les clés du génie comique. Avant de jouer la première partie du Suisse Charles Nouveau, Fanny peaufine ses notes. Elle confie écrire ses sketches au mot près. « Les gens n’imaginent pas la rigueur que demande le stand-up. L’humour, c’est de la construction logique, des mathématiques. Un puzzle dont on n’a pas l’image au préalable. »

Kings of Comedy Club
Kings of Comedy Club, véritable temple du rire de la capitale – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)
Fanny Ruwet au Kings of Comedy Club
Ambiance sombre et intimiste au Kings of Comedy Club – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)
Kings of Comedy Club
Depuis la scène au Kings of Comedy Club – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)
Fanny Ruwet sur scène au Kings of Comedy Club
Fanny Ruwet sur scène au Kings of Comedy Club – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

Genre comique tout droit venu des États-Unis, le stand-up comedy ne souhaite pas uniquement faire rire. Il en va de même pour Fanny qui adore jouer avec des moments de silence. Malaise, deuil et soins palliatifs sont d’ailleurs des thèmes explorés dans son premier spectacle Bon anniversaire Jean. « Je n’ai pas écrit ce spectacle en ayant envie qu’il soit drôle, mais en le construisant comme un spectacle que je voudrais aller voir. »

La seule matière pour laquelle on a l’exclusivité en humour, c’est notre histoire.

Seule avec son micro sur scène, Fanny s’appuie sur son histoire personnelle pour capter l’audience. Une caractéristique de tout bon stand-uppeur qui vaut cependant un lot de critiques envers le genre, parfois considéré comme égoïste. « La seule matière pour laquelle on a l’exclusivité en humour, c’est notre histoire. Ce n’est pas parce qu’un stand-uppeur parle de lui que tu ne peux pas t’y identifier. Moi, par exemple, quand je raconte que j’ai assisté à un anniversaire par erreur, c’est le sentiment que procure cette situation étrange qui prime, et moins l’histoire. »

Fanny Ruwet au Kings of Comedy Club
Fanny Ruwet clôture la scène au Kings of Comedy Club – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)
Kings of Comedy Club
Seule sur scène au Kings of Comedy Club – © Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

Fanny Ruwet ne s’imagine pas lâcher totalement son boulot de chroniqueuse pour la comédie. Elle souhaite conserver cet équilibre professionnel lui permettant, en radio, de rester curieuse sur le domaine culturel et musical, et en stand-up, de ne pas forcer les choses. « Si je ne fais que du stand-up, il faut absolument que ça marche. Je n’ai pas envie d’être obligée de produire quelque chose de bien, j’ai envie de le vouloir. »

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