Quel futur pour l'Argentine de Milei?

Javier Milei, l'Argentin prévoyant des coupes de budget record, a été élu président ce 19 novembre. "La tronçonneuse, c'était pour la campagne, ça ne sera pas au moment de gérer les affaires de l'État", avance Xavier Dupret, économiste spécialiste de la question sud-américaine

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Christian Sanhuenza, via Flickr, CC BY NC SA

Javier Milei, l’Argentin prévoyant des coupes de budget record, a été élu président ce 19 novembre. « La tronçonneuse, c’était pour la campagne, ça ne sera pas au moment de gérer les affaires de l’État », avance Xavier Dupret, économiste spécialiste de la question sud-américaine

Christian Sanhuenza, via Flickr, CC BY NC SA

Le second tour des élections présidentielles argentines avait lieu ce dimanche 19 novembre. Le candidat ultra-libéral Javier Milei l’a emporté avec 55,6% des voix. Son programme faisant état de nombreuses mesures chocs, l’opinion internationale a été surprise par sa victoire et s’interroge sur le futur de l’Argentine. Un futur chargé d’embûches institutionnelles, selon Xavier Dupret, économiste de la fondation Joseph Jacquemotte spécialiste de la question sud-américaine.

Milei pourra-t-il mettre en place les mesures qu’il a mises en avant pendant sa campagne ?

« Il faut se rendre compte d’une chose, l’opposition à Javier Milei va être très forte. Que ce soit au Sénat ou à la Chambre des Représentants, le premier parti, c’est ‘Union por la Patria’, c’est-à-dire les péronistes qui ont encore du poids. De plus, avant même que Javier Milei soit élu président, les syndicats des travailleurs avaient publié un communiqué en disant : ‘ce n’est pas parce qu’on est président qu’on a tous les pouvoirs’. Autrement dit, nous allons mener une opposition très dure. Javier Milei va devoir s’entendre avec le parti de l’ancien président Mauricio Macri, c’est-à-dire le centre droit classique ‘Juntos por el cambio’. Dans ces conditions, il peut avoir une marge de manœuvre assez importante. Toutefois, il faut se rendre compte que dans la coalition ‘Juntos por el cambio’, tout le monde n’a pas envie de travailler avec Javier Milei. »

« La tentation serait grande de sa part de travailler avec ce qu’on appelle des ‘decretos de necessida de urgencia’. Ce sont des décrets qui permettent au président de passer outre les débats parlementaires et de déposer des décrets de gestion de l’État. Mais si, pendant un an, il n’est pas capable de dégager un consensus parlementaire sur ces décisions, alors la contestation syndicale des péronistes va se déchaîner. »

La dollarisation promise par Milei est-elle possible ? 

« Il faut bien s’imaginer qu’on ne va pas changer un peso pour un dollar, car aujourd’hui, un dollar vaut 200 peso. Mais comme il n’y a pas de réserve, il est très clair que les Argentins vont devoir aller chercher ces dollars sur le marché extérieur en dépréciant davantage encore leur monnaie, ce qui va engendrer une division par deux ou par trois du pouvoir d’achat de la population. Ce serait donc une véritable catastrophe. Dans cette situation, il n’a pas la marge de manœuvre, l’élément monétaire et financier lui manque pour pouvoir procéder à cette dollarisation, et de ce que je vois aujourd’hui, cette dollarisation n’aura pas lieu. »

Milei peut-il vraiment ‘tronçonner l’État’ et réduire de 15% les dépenses publiques ? 

« Il faut bien se rendre compte d’une chose : on est au-delà de la réorganisation de l’administration quand on parle de diminuer de plus de 15 % les dépenses publiques. On va aussi amputer dans les travaux publics. Or, un pays comme l’Argentine a besoin d’infrastructures. Si on coupe dans ces dépenses là, ce sont des entreprises qui vont se retrouver avec des contrats en moins, donc de l’activité économique qui va manquer, ce qui va détériorer davantage le taux de croissance du pays, qui n’est déjà pas fabuleux. Ces gens du centre droit qui ne veulent pas d’une dollarisation complètement aventureuse, ne veulent pas non plus se fâcher avec la Chine et le Brésil qui sont des partenaires commerciaux important. Ce sont eux qui aujourd’hui sont entrain de chercher à ce que des responsables économiques plus responsables soient nommés. Ils sont conscients de l’importance pour les entreprises locales des travaux publics d’infrastructure. »

A quels changements doit-on s’attendre aux niveaux international et régional ? 

« Ne nous trompons pas, l’Argentine n’est pas une grande puissance mondiale et elle va continuer à exporter des matières premières agricoles comme elle l’a toujours fait. De toute façon, le pays n’a pas le choix, sans ces exportations il n’y a pas de revenu. Sur le plan régional aujourd’hui, l’Argentine n’est plus la puissance qu’elle était il y a 50 ans, les deux grandes puissances latines américaines sont le Mexique et le Brésil, et là le centre gauche est installé au pouvoir. Donc les changements sont surtout des changements internes. C’est une modification des rapports entre classes sociales à la base de l’orientation de l’appareil d’État. »

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