Quand le rural rencontre l’urbain

A Neder-Over-Heembeek, la Ferme Urbaine permet aux habitants de la commune et des alentours de se fournir en légumes bio tout en favorisant les circuits courts.

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Photos : Léa Giagnorio

A Neder-Over-Heembeek, la Ferme Urbaine permet aux habitants de la commune et des alentours de se fournir en légumes bio tout en favorisant les circuits courts.

Photos : Léa Giagnorio

Les voitures, les bus, la cacophonie de la ville… puis, tout à coup, en contre-bas d’une petite cité de logements sociaux, une ferme. Les bruits parasites s’évanouissent subitement pour laisser place à la tranquillité des lieux. Un autre monde s’ouvre à nous, avec comme impression que la ville est bien loin derrière. De temps en temps, des avions volant bas dans le ciel viennent perturber ce calme et nous rappellent Bruxelles.

En descendant les petites marches en bois qui mènent à la ferme, les terres cultivées sont déjà visibles. Certaines rangées de légumes sont protégées par de grandes bâches blanches, évitant ainsi les dégâts potentiels de la pluie. L’odeur de la terre humide et du poulailler remémorent des souvenirs de campagne. La première chose qui accroche le regard en arrivant, c’est une petite maisonnette atypique. En s’approchant un peu plus, les murs faits de terre et de paille se dessinent plus précisément. Cette construction un peu biscornue sert de cuisine mais également d’abris en cas de pluie.

Maisonnette en terre-paille

Parcelles cultivées

Un peu plus loin, Nora, les cheveux mouillés par la pluie, finit de donner à manger aux ânes. Sous l’allure robuste que lui donnent son épaisse veste de pluie et ses bottes en caoutchouc, on devine sa bonhommie en voyant son sourire. Elle travaille à la ferme en tant qu’apprentie maraîchère pour, un jour qui sait, ouvrir sa propre exploitation.

Ici, c’est à l’ancienne. Les trois ânes sont là pour tracter les machines qui servent à retourner la terre. De décembre à février, les lieux sont fermés. Il faut alors trouver un endroit pour accueillir ces ânes. « On trouve un lieu en dehors de Bruxelles qui veut bien les accueillir. Ensuite, avec l’équipe, on marche pendant cinq jours avec les bêtes jusqu’à cet endroit. Cela permet aussi de renforcer la cohésion entre nous” explique Nora.

Paniers ou cueillette

Les revenus de la ferme arrivent de deux manières différentes. Grâce à des paniers de légumes vendus toutes les semaines. Ces paniers sont fournis via des GASAP, des groupements d’achat et de soutien à l’agriculture paysanne. « C’est vraiment un système de solidarité. Imaginons qu’il a fait très chaud et que les récoltes ne sont pas très bonnes, l’agriculteur est quand même sûr de vendre ses paniers au même prix » résume Natacha, formatrice agronome à la ferme. Cela fonctionne également dans l’autre sens. Si les récoltes sont florissantes, les paniers seront garnis plus généreusement.

Le reste des revenus se fait grâce à un système d’auto-cueillette. Dans ce cas-ci, les personnes payent alors un forfait pour une semaine et peuvent venir se servir à la ferme autant qu’ils le veulent. Natacha insiste sur le fait que le but du projet est de subvenir aux besoins des locaux « On pratique des prix vraiment démocratiques parce que les habitations autour sont des logements sociaux. » En temps normal, à la Ferme Urbaine, l’auto-cueillette se pratique aux alentours de 7 à 10 euros par personnes. Cependant, le prix peut baisser jusqu’à 5 euros pour les personnes qui seraient en difficulté financière.

Préparation des paniers
Cueillette des haricots
Cueillette des haricots

Manger local après le confinement

Pendant cette période où presque l’entièreté du monde s’est arrêtée, la Ferme Urbaine a tourné à plein régime. « Nous pendant le confinement, on ne s’est jamais stoppés. On a même travaillé deux fois plus à cause des équipes réduites. » Natacha enchaîne « On n’aurait pas pu s’arrêter. » Effectivement, le printemps est une saison bien trop précieuse pour les agriculteurs. Louper ce moment de l’année, c’est se tirer une balle dans le pied.  

Il paraîtrait que le confinement a fait réfléchir pas mal de monde, surtout en ce qui concerne le domaine alimentaire. Beaucoup ont voulu repenser leur mode de fonctionnement en favorisant les produits locaux dans leurs assiettes. Il est vrai qu’à la Ferme Urbaine les maraîchers ont vu une augmentation des visites. « Les gens venaient pour s’informer mais aussi surtout pour se dégourdir les jambes. » Natacha et son équipe ont tout de même remarqué une demande plus importante au niveau des paniers de légumes. « On a décidé d’en refuser certaines parce qu’on ne veut pas commencer à devoir trop fournir. » Il était hors de question pour eux d’accélérer le rythme de travail qu’ils tiennent pour l’instant.

A propos de ce nouvel engouement pour le local, Nora craint qu’il ne soit pas pérenne. « C’est vrai que les gens ont voulu changer leurs habitudes, mais une fois le confinement terminé, le mouvement n’a pas suivi. Les gens ont vite oublié leurs nouvelles résolutions une fois que la vie a repris son cours…” Certains agriculteurs seraient victimes de cette nouvelle mode qui n’a pas duré. Pour répondre à cette demande soudaine, ils auraient planté bien plus qu’en temps normal et se retrouveraient aujourd’hui avec ces récoltes sur les bras. “Je pense que si ça avait duré 1 an, ça aurait vraiment fait la différence » estime Nora. Reste à voir si les citoyens se rueront à nouveau dans les exploitations bio en cas de nouveau confinement.

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