Quand Christelle Delbrouck se prend pour une sardine

Pour parler d’elle, peu de mots. Nom, âge, profession. C’est tout. Bien que comédienne, c’est quand elle parle des autres que la langue de Christelle Delbrouck se délie. Entretien avec une passionnée d’humanité.

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Photo : Anne-Isabelle Justens

Pour parler d’elle, peu de mots. Nom, âge, profession. C’est tout. Bien que comédienne, c’est quand elle parle des autres que la langue de Christelle Delbrouck se délie. Entretien avec une passionnée d’humanité.

Photo : Anne-Isabelle Justens

Partie pour devenir professeure de français le jour et jouteuse d’impro la nuit, elle n’enseignera qu’un an, puis entrera au Conservatoire Royal de Bruxelles. Plusieurs fois championne du monde d’improvisation, elle a créé deux spectacles entièrement improvisés (Nadette et Rugueux), joué dans plusieurs séries belges (Ennemi PublicLa Trêve,…) et se produit au Magic Land Théâtre entre deux chroniques sur la Première. Quand elle ne nous fait pas vibrer sur scène, elle cultive son potager, bricole dans sa maison et… vient en aide aux réfugiés. 

Un commando bonne-humeur au parc Maximilien

Élevée par ses grands-parents, dans une maison dont la porte était toujours ouverte,  Christelle a grandi avec l’idée que tout le monde devrait avoir un endroit où poser ses valises. « Si ma grand-mère voyait ce qui se passe aujourd’hui, ça la bousillerait », soupire-t-elle, « Pour elle qui a connu la guerre, l’idée de fuir sans avoir nulle part où aller était insupportable ». 

C’est au parc Maximilien, en 2015, que son combat pour les réfugiés commence. Avec un ami comédien, elle lance un Commando Bonne humeur. Faire le clown au milieu des tentes pour arracher un sourire, c’est rien et c’est tout à la fois. Pour  Christelle, une fois qu’on leur parle, qu’on partage un tout petit bout de leur histoire, c’est trop compliqué de ne rien faire. 

Du temps pour les autres, on en a toujours

Depuis, son engagement n’a jamais faibli. Aux côtés du collectif Stop Déportation, elle a bloqué des compagnies aériennes pour empêcher le rapatriement de personnes en danger de mort. « On a eu de belles victoires » explique-t-elle, « mais réaliser que la vie de ces gens pouvait dépendre de moi, c’était trop, j’ai dû m’éloigner un peu ».

S’éloigner pour mieux revenir. Quand elle emménage à Gembloux, Christelle réalise à quel point l’élan citoyen est présent. Ouvrir sa porte c’est créer du lien social. « Ici, j’ai découvert des gens géniaux, et ce sont mes voisins ! », s’exclame la comédienne.

Trouver un truc à faire, qui ne me bouffe pas trop

Cet été, Christelle cogite. Les bateaux des ONG n’ont plus aucun soutien de l’Union européenne. Les migrants continuent à disparaître dans nos mers. Faire quelque chose. Crier. C’est ainsi que depuis le mois d’août, elle se rend tous les lundis devant le Parlement européen. Une bannière, un « gueulophone », une liste et ses tripes. Seule dans le vent face à l’imposant bâtiment, elle crie les morts. Morts en mer ou sur le sol européen. « C’est tout petit. Symbolique. » , reconnaît la militante, « Je ne changerai pas le monde mais je fais ma part ». Au fil des semaines, une petite équipe se constitue. Ca fait moins peur, elle n’est plus seule. Ils se relaient, lisent quelques pages et passent le flambeau. « C’est perturbant, de lire une liste aussi longue de gens morts. » , réalise Christelle. « On se laisse bercer par le ronronnement de sa propre voix, et tout à coup, un nom nous ramène à la réalité de ce qu’on lit. »

Affiche de son spectacle Rugueux, sur la porte du Magic Land Théâtre

Quand la militante et la comédienne ne font qu’un

Cet humanisme ne la quitte pas sur scène. Dans Rugueux, improvisation sur base de tout ce qui énerve le public, on retrouve une comédienne pleine d’empathie pour les personnages qu’elle incarne, du chauffeur de métro à la prof d’histoire réac. On rit de bon cœur sans se moquer, grâce à la sincérité qu’elle met en chacun d’eux. En toile de fond, toujours ce message d’ouverture vers le monde. « Face à des gens qui n’ont pas de voix, quand on en a une , si petite soit-elle, c’est presque un devoir de la leur donner. » Dit-elle tout simplement avant d’ajouter dans un sourire :  « J’aime me dire que je suis un peu une sardine. C’est tout petit, ça ne ressemble à rien, mais c’est plein de vitamines. Un condensé de force. C’est pas pour rien qu’on les distribue dans les camps de réfugiés ! ».

A 41 ans, Christelle se sent bien dans sa vie personnelle et professionnelle. « Ca me laisse plein de place pour aider les autres » confie-t-elle dans un clin d’œil, avant de conclure : « Tourner autour de son nombril, c’est hyper fatiguant et ça ne rend pas heureux. » 

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