Pegasus : un espion de poche

Vous êtes espionnés, mais le saviez vous ?

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Le logiciel Pegasus a été développé par l’entreprise israélienne NSO Group pour être utilisé comme outil de surveillance à des fins de renseignement par les gouvernements et les agences de sécurité. Ces dernières années, le programme a été au centre de nombreux scandales en raison de son utilisation présumée pour des activités d’espionnage et de surveillance illégales. Il aurait notamment été utilisé à l’insu d’Emmanuel Macron ou de Mohammed VI. Il demeure cependant largement méconnu du grand public.

Créé pour surveiller les téléphones mobiles, Pegasus est souvent qualifié de « logiciel espion » en raison de sa capacité à accéder à diverses fonctionnalités des appareils, y compris les appels, les messages, les contacts, les photos, la caméra, le son et même la localisation géographique.

L’espion est généralement installé sur un téléphone ciblé à l’insu de son propriétaire. En effet, cette installation ne nécessite aucun clic de la part de l’utilisateur, pas de lien, pas de message. Comme une fuite de monoxyde de carbone, inodore et incolore, il est quasiment indétectable, ce qui en a fait le « must have » des logiciels espions. Thomas Balthazar, programmeur informatique, insiste sur la complexité de le déceler.

Ce logiciel, dans sa version dévoyée, est principalement utilisé pour cibler des militants des droits de l’homme, des journalistes, des opposants politiques et d’autres personnalités d’intérêt pour les gouvernements ou les agences de renseignement, dans le but de mettre à mal la liberté de la presse, d’expression et d’opinion.

Le journaliste d’investigation Joël Matriche (Le Soir) a enquêté sur plusieurs logiciels espions en collaboration avec 16 médias et Forbidden Stories, notamment sur Pegasus. Il met en garde contre ses utilisations abusives par certains États. 

Face à ces abus, les gouvernements, les entreprises et les organisations internationales se sont fait entendre. D’une part, en tentant de réglementer l’utilisation de tels logiciels et d’autre part, en tenant les développeurs pour responsables de leurs actions même lorsque le logiciel est entre les mains d’un tiers. D’ailleurs, le jeudi 23 novembre 2023, à Strasbourg, le Parlement a lancé un rappel ferme aux Etats membres et à la Commission européenne, qui n’ont toujours pas donné suite aux pistes concrètes d’actions proposées par les eurodéputés le 15 juin dernier.

Mais Pegasus n’est pas le seul logiciel espion, même si les autres sont moins médiatisés. Le logiciel commercial FinFisher, développé par la société allemande Gamma et connu sous le nom de FinSpy, est conçu pour surveiller les ordinateurs et les appareils mobiles. Ses anciens dirigeants sont soupçonnés d’avoir enfreint la législation européenne de 2015 restreignant la commercialisation de technologie de surveillance auprès des pays tiers, en vendant FinSpy aux services de renseignement turcs. L’affaire est en cours au parquet de Munich. Selon le magazine allemand, Netzpolitik, les sociétés distribuant et développant ce logiciel ont fait faillite en 2022. D’autres logiciels tels que mSpy, FlexiSpy et Spyware XNSPY sont plus familiers car utilisés sur des smartphones pour de la surveillance parentale ou par des couples pour intercepter les appels, les e-mails et localiser l’appareil.

Les journalistes sont des cibles privilégiées des utilisations illégitimes de ces technologies de surveillance, en particulier du logiciel Pegasus. Joël Matriche fait part de ses inquiétudes. 

Face à ces enjeux démocratiques, une question se pose : pourquoi les citoyens ne sont pas suffisamment informés sur ces programmes ? 

En 2021, les enquêtes de Joël Matriche révèlent notamment l’espionnage de la citoyenne belge Carine Kanimba, survivante du génocide rwandais et fille de Paul Rusesabagina, l’opposant politique du Président Paul Kagame qui a inspiré le film « Hotel Rwanda ».

Initialement conçu pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé, Pegasus a principalement servi à des fins d’espionnage et est considéré comme une véritable arme de guerre. Comment les personnes visées peuvent-elle s’en protéger ? Il semble qu’il soit presque impossible de détecter Pegasus tout comme il est presque impossible de s’en défaire. Thomas Balthazar :

Il serait plus judicieux de l’interdire, mais l’UE a un champs de pouvoir restreint.

Business is business. Alors combien ça coûte de s’offrir les services de Pegasus ? L’Etat israélien, détenteur du logiciel, facture son utilisateur 500 000 euros pour obtenir le droit de l’utiliser. S’en suivent des frais pouvant monter jusqu’à 65 000 par téléphone infecté. Une affaire qui roule en toute impunité.

Vous êtes espionnés, mais le saviez vous ?

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