Les petites mains des hôpitaux

Secteur peu, voire pas connu du grand public, les services des soins intensifs et des urgences hospitalières, ont été sous le feu des projecteurs, au cours des derniers mois. Plongée au cœur de ces services à l’hôpital Brugmann, dans les pas des infirmier.ère.s.

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Photos : Camille Block

Secteur peu, voire pas connu du grand public, les services des soins intensifs et des urgences hospitalières, ont été sous le feu des projecteurs, au cours des derniers mois. Plongée au cœur de ces services à l’hôpital Brugmann, dans les pas des infirmier.ère.s.

Photos : Camille Block

Une odeur de gel désinfectant flotte dans l’air. Un bruit sourd et continu « bip bip bip » ne cesse de rythmer l’ambiance de ce lieu.

– « Chef ! Chef ! On se réveille maintenant, on garde les yeux ouverts. »
– « Chef ! Vous êtes aux urgences de l’hôpital Brugmann, ouvrez les yeux maintenant s’il vous plaît. » 
– « Personne n’a pu trouver son identité ? »
– « Non ! »
– « Peut-être que ses tatouages pourront nous aider. »
– « Pablo (nom d’emprunt) ? » 
– « Il a ouvert les yeux ! » 
– « Monsieur Pablo, vous êtes à l’hôpital Brugmann, gardez les yeux ouverts, on va s’occuper de vous. »

Une urgentiste et une interne examine les genoux du patient
La compréhension de la pathologie de chaque patient est essentielle. Un patient ne quittera pas les urgences tant qu’un diagnostic et des examens n’auront pas été fait. Photo: Camille Block (CC BY NC SA)

Au coeur des urgences

Ce genre de discussion est monnaie courante pour le personnel infirmier des urgences de cet hôpital. Monsieur Pablo du box 9.2, établi comme box pour les cas graves, serait un « camé » selon le personnel. Difficile de communiquer avec lui. Pourtant la situation l’exige : ses genoux sont anormalement chauds, il a une toux grasse et ne répond pas aux sollicitations. Faut-il l’aspirer ? Toutes des questions et des interrogations qui nécessitent de trouver rapidement une solution.

Ambulanciers de dos
Le travail des ambulanciers ne se limite pas au transport des personnes blessées. Un accompagnement se fait dans les urgences. Un débriefing de la situation, avec les infirmiers et les médecins qui s’occuperont de la personne en question, se fera obligatoirement. Photo: Camille Block (CC BY NC SA).

A côté de ces patients amenés par ambulance, d’autres arrivent par leurs propres moyens. A l’accueil du dispatching, c’est Jan, infirmier depuis neuf ans, qui s’occupe de relever les premiers paramètres des malades. Il est 16h quand Imane (nom d’emprunt) se présente aux urgences. Inquiète, elle se plaint d’un engourdissement du bras gauche.

– « Tension : 140/70, température : 37° ».
– « C’est grave infirmier ? »
– « Ces données me rassurent déjà »
– « Ouf ! ».

salle d'attente
Après avoir passé le dispatching, les patients sont orientés dans différentes salles en fonction de leurs besoins. Une salle close est réservée aux patients Covid. Photo: Camille Block (CC BY NC SA)

Bien que ces valeurs ne soient que très légèrement au-dessus de la moyenne, dans ce service, on ne laisse pas de place au doute. Une simple visite chez un.e généraliste aurait conduit à quelques jours de repos. Mais aux urgences, la patiente passe une batterie d’examens afin de s’assurer qu’aucune crise cardiaque ne puisse se produire. Il aura fallu un peu temps pour rassurer cette jeune femme, malgré des examens positifs, avant qu’elle ne puisse rentrer chez elle. La patience, l’écoute, l’empathie, mais surtout la vigilance sont les maîtres mots dans cette discipline. Cependant, dans certaines circonstances, cette tâche peut s’avérer compliquée lorsque la barrière de la langue entre en jeu. 

Au coeur des soins intensifs

En remontant d’un étage, aux soins intensifs, cette situation se présente dans la chambre numéro 5. La langue maternelle de Fatma (nom d’emprunt) est le berbère. Se pose alors la question pour le personnel infirmier de savoir comment communiquer avec elle. Sa fille éventuellement. Seul problème, chaque prise de contact avec la patiente nécessitera sa présence.

lit dans un couloir
Le nombre de patients est excessif, par rapport à la place disponible. Souvent, ils doivent attendre dans les couloirs, le temps que des box se libèrent. Photo: Camille Block (CC BY NC SA).

Cela peut sembler futile et peu contraignant, mais il s’agit d’une charge supplémentaire qui leur est demandée. Dans ces unités, la présence d’infirmier.ère.s est centrale, toutes les deux heures, les paramètres des patients doivent être relevés, inscrits dans un dossier papier, mais également reportés dans un document informatique. Aux soins intensifs, le personnel estime que cette partie chronophage du métier prend, au minimum, une heure par jour. Aux urgences, c’est environ 60% du travail qui est d’ordre administratif. Ces informations soulèvent la question du premier rôle de ces infirmier.ère.s.

Un infirmier regarde un ordinateur
Le travail infirmier est en grande partie composé d’une charge administrative. Il s’avère que c’est la tâche la moins appréciée. Photo: Camille Block (CC BY NC SA).

A côté de ce « travail de bureau », travailler aux urgences et aux soins intensifs nécessite une présence quasi permanente aux côtés des patients. Cette omniprésence des soins est justifiée par la gravité des situations. Les infirmier.ère.s de ces services sont amené.e.s à suivre une formation supplémentaire, d’une année, la SIAMU (soins intensifs et aide médicale urgente), par rapport aux infirmier.ère.s de salle. En effet, les soins apportés aux patients sont plus complexes, nécessitent la maîtrise d’un matériel très technologique et sollicitent des ressources importantes. 

« Il est actuellement 14h, et elle n’a toujours pas eu l’occasion de prendre sa pause de midi« 

discussion entre trois infirmier.ère.s
Les heures de travail des infirmiers varient. Alors que certains vont se coucher à 21 heure, d’autres commencent leur journée à ce moment-là. Photo: Camille Block (CC BY NC SA).

Ces unités, qui grouillent de monde, sont de vraies fourmilières, toutefois le manque de personnels se ressent cruellement. Martine (nom d’emprunt) est arrivée ce matin en USI à 7 heure. Il est actuellement 14 heure, et elle n’a toujours pas eu l’occasion de prendre sa pause de midi. Pourtant dans son contrat, elle dispose d’une heure de temps « libre », non rémunéré. Dans les faits, cette heure n’existe pas. La pause se prend à l’intérieur du service, les infirmier.ère.s ne coupent pas avec l’ambiance du terrain. L’infirmier.ère qui se voit attribuer un patient doit immédiatement retourner à son chevet si la machine se met à sonner. Le son des machines reste ubiquiste, malgré cela les infirmier.ère.s espèrent que leurs conditions de travail ne se détérioreront pas. 

« Bip bip bip! »

« Chef ! Chef ! »

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