Les maisons d’accueil : une Étape parmi d’autres

Quelque 80.000 enfants francophones de zéro à six ans vivent sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre reflète une réalité plus complexe que le manque d’argent. Certains ont dû suivre leurs parents dans des maisons d’accueil comme L’Étape, à Tournai.

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Photos : Rémy Ravaux

Quelque 80.000 enfants francophones de zéro à six ans vivent sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre reflète une réalité plus complexe que le manque d’argent. Certains ont dû suivre leurs parents dans des maisons d’accueil comme L’Étape, à Tournai.

Photos : Rémy Ravaux

« Allez, on monte ! » L’école est finie et les enfants sont rentrés. C’est l’heure du goûter. Entre deux tartines et un chocolat chaud, ils discutent et rient de bon cœur en racontant leur journée aux éducateurs et aux bénévoles de leur maison d’accueil. 

Installée depuis 1976 dans le centre de Tournai, L’Étape peut accueillir jusqu’à 24 personnes. Si la durée maximale d’un séjour est initialement fixée à neuf mois, il est possible de prolonger ce délai par deux périodes de trois mois. Ici, la majorité des résidents sont des personnes isolées mais il n’est pas rare de voir des familles débarquer. « Nous avons deux chambres spécifiques destinées aux parents et à leurs enfants. Ce n’est pas d’un confort exceptionnel mais cela leur permet d’avoir de l’intimité », indique l’un des éducateurs. 

Dehors, pendant que les enfants jouent dans la cour, les résidents discutent. Entre deux cafés, Aline évoque timidement son parcours. « C’est la troisième fois que je viens à L’Étape. Cette fois-ci, je suis venue suite à une situation personnelle très difficile. En plus de la perte de mon logement, je faisais face à des violences conjugales. » Cette mère de famille est loin d’être un cas singulier. « Malheureusement, 100% des mamans qui débarquent chez nous sont victimes de violences conjugales. Au sein de la maison d’accueil, ces femmes reçoivent une certaine sécurité qu’elles avaient perdue au fil du temps », explique un employé.

Des enfants marqués par les épreuves

Pour les jeunes, la situation n’est pas toujours facile. Si certains ont dû faire face à des situations de violence, d’autres en ont été les premières victimes. Une fois arrivés dans le centre, ils doivent se reconstruire. Pour quelques-uns d’entre eux, la maison d’accueil est une étape parmi d’autres. Ils y arrivent souvent après avoir erré de logement en logement, sans avoir trouvé la stabilité. Comme le confie un des éducateurs, « certains n’ont jamais eu leur propre chambre, ou encore leur propre lit. A leur arrivée, il leur faut parfois du temps avant de nous accepter. » 

Pour les aider à se reconstruire, le personnel met tout en œuvre. La preuve avec le grenier totalement réaménagé pour eux. Roselyne, réelle boute-en-train du personnel, a longuement travaillé sur le projet. Son but : créer un espace « où les enfants oublient qu’ils sont en maison d’accueil ». Et le pari est réussi ! Quand on ouvre la porte, on a plus l’impression de débarquer dans un bar à jeux que dans un grenier de maison d’accueil. Cette pièce a été conçue pour permettre aux enfants d’y prendre leur goûter une fois rentrés de l’école.

Une mission : réinsérer les enfants scolairement

Deux fois par semaine, ce nouvel espace de loisirs se transforme en salle de cours. Nombreux sont les enfants issus de familles précarisées qui éprouvent des difficultés au niveau de leur enseignement. Et certains sont même déscolarisés. Mais, lorsqu’ils débarquent à L’Étape, leur trouver une école est une des priorités pour l’équipe. « Il y a plusieurs possibilités. Quand les enfants viennent de Tournai ou des alentours, on ne les change pas de classe. Si les enfants viennent de plus loin, nous essayons de trouver l’établissement le plus proche. » Une fois en cours, il peut parfois être difficile pour ces bambins de suivre le rythme, sans aucun accompagnement personnalisé. Pour les aider à garder le pas, l’ASBL a sollicité des (anciens) professeurs pour des cours particuliers. 

Depuis quelques semaines, l’équipe s’est étoffée grâce à l’arrivée de Louis Eeckhoudt et Anny Theunyinck. « Pensionnés depuis quinze ans, nous avons toujours bien aimé travailler avec les enfants. Pendant plusieurs années, nous avons cherché à participer à des écoles de devoir, sans résultat. » C’est un jour devant leur télévision que les grands-parents ont découvert l’initiative. « Nous avons donc foncé. » Ancien professeur d’université, c’est à un tout autre type d’exercice que se confronte désormais Louis : l’apprentissage des tables de multiplication. Et pour cela, il a décidé d’utiliser ses mains pour illustrer ses explications. « C’est une technique qui permet d’apprendre plus facilement. Je découpe le calcul en plusieurs multiplication pour le simplifier. » Un moyen efficace pour la petite Lilou qui arrivera à finir complètement son devoir.

Pendant que leurs enfants sont occupés avec leurs professeurs, les mamans peuvent profiter d’un peu de temps libre. Aline, par exemple, participe au cours de couture organisé par les éducateurs chaque semaine. « Cela nous permet de penser à autre chose, et surtout, à nous. Grâce à ces activités, j’ai pu me faire quelques amies.» Des liens souvent forts qui rendent les départs difficiles. « Quand l’une de nos amies est partie, cela a été très dur pour nous. Mais une chose est certaine, on se reverra tôt ou tard. »

La plupart des enfants qui ont vécu dans une maison d’accueil risquent d’y revenir à l’âge adulte.

À leur sortie de l’Étape, les ex-résidents peuvent être suivis par Élise et Dorothée, deux éducatrices spécialisées dans le post-hébergement. « C’est une démarche qui doit venir d’eux. Nous ne nous imposons pas car de toutes manières, s’ils ne veulent pas, nous ne pourrons rien y faire », expliquent les deux jeunes collègues. Si leur tâche consiste essentiellement à les aider dans leurs papiers et leurs contacts avec des propriétaires, elles sont aussi là pour faire le lien avec d’autres organisations. C’est notamment le cas avec le service d’aide à la jeunesse. « Lorsque nous allons dans des maisons, où la sécurité de l’enfant n’est pas assurée, nous devons bien entendu en référer aux instances concernées. Mais nous tentons toujours de régler la situation avec les parents en priorité. Hélas, ce n’est pas tout le temps possible. » 

Au fil des années, et avec l’expérience, elles tirent un constat. « La plupart des enfants qui ont vécu dans une maison d’accueil risquent d’y revenir à l’âge adulte. Si leurs parents ont connu la même situation par le passé, ils ne peuvent malheureusement pas reproduire un autre schéma. » Si ce n’est qu’une étape dans leur vie, elles espèrent les aider au mieux pour inverser la tendance. Mais elles ne sont pas optimistes, car, pour elles, ce qu’elles offrent n’est qu’une « goutte dans l’océan ».

On retrouve une maison pour enfants au milieu de la cour.

Elèves et professeurs se retrouvent autour du goûter.
Illustration du cahier de dictée de Bryan
La salle de jeux est parfaitement rangée.
Annie est en train d'aider le petit frère de Lilou pour ses dictées.
Illustration de la rue dans laquelle se trouve la maison d'accueil.
Vue sur les aménagements du grenier
Louis utilise ses mains pour aider Lilou à résoudre ses calculs.

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