Les notes bruxelloises de la partition Vivaldi

La formation du Gouvernement fédéral s’est achevée le 1er octobre 2020, avec un programme et une équipe aux intonations bruxelloises. Analyse en compagnie de Caroline Sägesser, du Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP).

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Photo : Arthur Parzysz (CC BY NC ND)

La formation du Gouvernement fédéral s’est achevée le 1er octobre 2020, avec un programme et une équipe aux intonations bruxelloises. Analyse en compagnie de Caroline Sägesser, du Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP).

Photo : Arthur Parzysz (CC BY NC ND)

Après l’annonce de Joachim Coens, le 3 septembre dernier, de l’entrée du CD&V dans une aventure fédérale sans la NV-A, une coalition Vivaldi (ou « Avanti », c’est selon…) semblait définitivement sur les rails. Confirmée quelques semaines plus tard, la nouvelle a sûrement eu de quoi soulager au Gouvernement Vervoort qui retrouve cinq de ses six partis de la majorité (PS, sp.a, ecolo, GROEN et l’Open Vld) dans l’équipe De Croo. « Tout comme la Wallonie, la Région Bruxelloise a une coalition quasi-similaire à celle au fédéral. Même si dans un état comme le nôtre, il est normal que ces coalitions diffèrent, cela va sans doute faciliter les relations et la collaboration entre les deux niveaux de pouvoir », analyse Caroline Sägesser, chargée de recherches au sein du secteur Socio-politique du CRISP.

Le « schwung » bruxellois à la Rue de la Loi

Une équipe rajeunie, féminisée, des Ministres et Secrétaires d’État issus de l’immigration, une Ministre transgenre, … les commentaires n’ont pas manqué pour décrire le nouveau casting fédéral où l’on retrouve aussi cinq visages bien connus des Bruxellois.

On dit souvent que les Bruxellois sont les parents pauvres du Gouvernement fédéral

Caroline Sägesser (CRISP)

Ancienne Première Ministre et visage de la lutte contre la première vague du Covid-19, Sophie Wilmès (Rhode-Saint-Genèse) représente désormais la Belgique à l’étranger. Karine Lalieux (Bruxelles), elle, prend ses quartiers au Ministère des Pensions et se voit confiée la tutelle de Beliris (fonds fédéral venant en soutien financier à la Région bruxelloise). Les deux écologistes Tinne Van der Straeten (Koekelberg) et Zakia Khattabi (Ixelles) clôturent ce quatuor féminin et seront respectivement Ministres de l’Énergie et du Climat. Enfin, Sammy Madhi aura à sa charge la mise en place d’une politique d’asile « ferme mais humaine ». Même s’il est aujourd’hui conseiller communal à Vilvoorde, sa Présidence de la section Molenbeekoise du CD&V de 2015 à 2017 et ses études à la VUB en font une vraie figure de la capitale.

Tinne Van der Straeten soulignait encore, il y a quelques semaines, l’importance d’avoir des Bruxellois à la Rue de la Loi et l’opportunité pour ces Ministres de transposer le « schwung » (dynamisme) qu’il existe à la Région au niveau fédéral. « Il est intéressant d’attirer l’attention sur ce point-là », souligne Caroline Sägesser. « Car réduire la Belgique fédérale à un face-à-face Wallons-Flamands, c’est toujours courir le risque d’oublier Bruxelles… On dit souvent d’ailleurs que les Bruxellois sont les parents pauvres du Gouvernement Fédéral. De là à dire que cela va changer la gouvernance, il y a un pas que je ne franchirai pas. »

Comme un accord

À la mi-août, alors que Paul Magnette et Bart De Wever semblaient avoir trouvé un terrain d’entente, un communiqué surprise commun aux familles écologiste et libérale avaient douché les espoirs des nationalistes de voir advenir une coalition PS–NV-A. Et avec l’eau du bain, l’idée d’une réforme de l’État immédiate et dépeçant un peu plus le niveau fédéral. Depuis l’avènement du nouveau gouvernement, on ne parle plus de réforme avant l’horizon 2024 et, pour la première fois, de re-fédéralisations de compétences comme la mobilité et l’environnement. Une gestion centralisée de ces matières serait une aubaine pour la Région de Bruxelles-Capitale, tant l’étroitesse de son territoire rend la collaboration obligatoire et parfois compliquée avec les autres entités.

« Ce n’est pas le seul signal positif pour Bruxelles dans l’accord de gouvernement quand on voit ce qui est prévu au niveau de la mobilité, de la lutte contre la pauvreté et la gestion des demandes d’asile », enchaîne la docteure en Histoire. « Green Deal, voitures plus propres, abandon des voitures de société roulant au diesel ou à l’essence à l’horizon 2026, … Ces mesures s’inscrivent en effet dans la lignée de la politique menée actuellement par le gouvernement Vervoort. » Le Ministre-Président doit voir d’un bon œil l’attention accordée à la mobilité dans les accords Beliris (eux-mêmes confiés à une Bruxelloise), lui qui a des travaux d’extension du métro à financer.

En tout cas, cet accord de coalition semble beaucoup plus adapté à une société métropolitaine qu’à la vie autour du clocher de l’église flamande ou wallonne

Mathias Declercq, Rédacteur en chef (Bruzz)

À cela s’ajoute un plan fédéral contre le racisme et le renforcement de l’arsenal contre la discrimination. Une implication du fédéral dans ces matières pourrait avoir des conséquences favorables pour Bruxelles, vu la diversité de sa population et les problèmes de discrimination auxquels elle est confrontée. Le Gouvernement De Croo s’engage également à élaborer un plan de soutien en matière de politique d’asile et de lutte contre la pauvreté, deux questions importantes pour la métropole.

La métropole et les clochers

Dans un récent éditorial, Mathias Declercq, chef de rédaction chez Bruzz, écrivait : « En tout cas, cet accord de coalition semble beaucoup plus adapté à une société métropolitaine qu’à la vie autour du clocher de l’église flamande ou wallonne ». Dans un état fédéral comme le nôtre, la collaboration sera cependant nécessaire entre les différentes niveaux de pouvoir.

Même si l’absence de la NV-A au fédéral peut sembler être une victoire directe pour Bruxelles, les deux devront pouvoir coopérer. Et il faudra aussi composer avec le CD&V, présent au fédéral mais pas à Bruxelles. On sait que les chrétiens-démocrates ne sont jamais très loin lorsqu’il s’agit de nier le fait bruxellois. Ses défenseurs n’oublieront pas la proposition de coalition-miroir de Joachim Coens, réunissant au fédéral les partis au pouvoir en Flandre et en Wallonie… en oubliant donc la Région bruxelloise.

Tout dépendra de la façon dont les élections tourneront en 2024

Caroline Sägesser (CRIsP)

L’accord de gouvernement n’est pas timide à l’égard de cette gestion commune, et insiste 35 fois sur la nécessité de collaboration avec les entités fédérées. De quoi se réjouir Rue du Lombard ? Pour Caroline Sägesser,  « il faudra observer la tournure des événements. La concertation, quand ça fonctionne, c’est parfait. Mais si ça génère des blocages, ce n’est bénéfique pour personne. Et puis tout dépendra de la façon dont les élections tourneront en 2024. Si une majorité entre NV-A et le Vlaams Belang se dessine, on se dira peut-être qu’on n’a fait que retarder l’inévitable… »

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