Le paradoxe d’une jeunesse dorée

« Fille à papa », « tu ne connais rien à la vie », « tu n’as pas besoin de travailler, toi », « Pourrie-gâtée », … Issue d’une famille aisée, je souhaite déconstruire les clichés autour de la “richesse” et montrer le paradoxe de ce milieu “privilégié”. Je vous emmène une journée dans ma vie normale…à peu de choses près.     

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« Fille à papa », « tu ne connais rien à la vie », « tu n’as pas besoin de travailler, toi », « Pourrie-gâtée », … Issue d’une famille aisée, je souhaite déconstruire les clichés autour de la “richesse” et montrer le paradoxe de ce milieu “privilégié”. Je vous emmène une journée dans ma vie normale…à peu de choses près.     

Assise sur mon canapé, un vendredi matin ensoleillé, je vérifie les documents d’achat de mon premier appartement entre deux travaux pour l’école. Etudiante de 21 ans à l’IHECS en Master Presse-Information, je suis née en France, et arrivée en Belgique en mai 2000 à l’âge de 2 ans. J’ai effectué mes secondaires dans une école catholique à Uccle. Depuis 4 ans, je suis également chroniqueuse radio.  

Tout a été question de choix et de prise de risques 

Ma mère est d’origine portugaise et mon père est français.  Mes parents n’ont pas connu la richesse lorsqu’ils étaient jeunes. C’est à l’aube de la trentaine que leur situation a changé. Quand je demande à mes parents d’où nous est venu cet argent, ils me répondent : “Tout a été une question de choix, de prise de risques, d’opportunités et de décisions au moment opportun”. Notre situation est le résultat de l’introduction en bourse d’une startup dans les nouvelles technologies dans laquelle mon père était associé.

Propriétaire à 21 ans 

14h. Nous avons un rendez-vous. Nous prenons la voiture de mon père, un SUV Volvo noir, hybride. Nous arrivons dans une agence immobilière à Ixelles afin de signer les papiers qui confirment mon nouveau statut de propriétaire. Je viens d’acheter un appartement de 80m2 à mon nom à Uccle. Mes parents, ayant acheté un appartement à ma sœur qui commence ses études à Montréal cette année, voulaient être égalitaires. La vente a été tendue, nous étions plusieurs acheteurs sur le coup. Mon père me fait la remarque : “A 21 ans, peu ont la chance d’avoir un appartement, j’espère que tu en es consciente“.  L’agent immobilier, habitué à vendre des biens dans ces communes coûteuses, semble surpris par mon jeune âge : “Vous en avez de la chance, votre père a raison ! 

Je connais peu de personnes de mon âge qui sont propriétaires 

C’est vrai, dans mon entourage, je connais peu de personnes de mon âge qui sont propriétaires. Pour être honnête, tout est allé si vite que je ne sais pas si j’ai encore pris pleinement conscience de cette chance. Quand on est dans l’achat, les transferts d’argent et toutes ces questions administratives, nous prenons moins le temps du recul. 

15h30. Nous rentrons sur Uccle.  Nous montons les marches blanches afin d’arriver à notre porte d’entrée, devant cette grande maison dans laquelle nous vivons depuis 2005, située dans un quartier résidentiel de cette commune dite de “riches”. Lorsque nous avons déménagé à Uccle, j’avais 7 ans. A cet âge-là, nous nous rendons moins compte des réalités qui nous entourent. C’est lorsque mes amis venaient chez moi et voyaient cette belle et grande maison blanche ainsi que ce qu’elle cache ou qu’ils venaient en vacances dans nos maisons à l’étranger que j’ai commencé à recevoir des remarques, certaines bienveillantes, d’autres beaucoup moins. Et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’évoluais dans un environnement plus privilégié que la plupart de mes camarades. 

J’envoie un message à un cercle d’amis qui eux aussi, font partie de cette classe “privilégiée”. Je leur annonce la nouvelle. Antoine, fils d’un courtier en assurance habitant à Rhode-Saint-Genèse, me félicite : “La concurrence a été rude mais tu as bien fait de surenchérir, tu l’as eu à un bon prix !“. Dans mon entourage, seule une petite poignée de personnes bienveillantes sont au courant de cette nouvelle acquisition. 

Je remarque une différence entre la classe dite “moyenne” et la classe privilégiée 

J’ai différents cercles d’amis. Certains provenant de la classe dite  “moyenne”, d’autres d’une classe au-dessus. Quand je les invite ensemble (pour mon anniversaire par exemple), ça ne colle parfois pas toujours. Je constate une différence d’attitude, de pensée. Pour ma part, je suis à l’aise avec les deux groupes. Il y a des choses que je ne me permettrai pas de dire avec mes amis de la classe moyenne mais également d’autres sujets que je n’aborde pas avec mes amis plus aisés. 

16h. Ma mère, assise sur l’autre canapé en tapotant sur son IPad, me demande : ” As-tu eu le temps de t’entrainer au piano aujourd’hui ?”. Je me dirige vers ce piano à queue qui trône dans le salon. Je commence à pianoter sur la bande originale du film “Pirates des Caraïbes “. Tout n’est pas parfait, je fais des erreurs qui résonnent dans toute la maison. Dans ce “milieu”, je connais beaucoup de gens qui apprennent ou ont appris à jouer d’un instrument. 

Le challenge : faire mieux que mes parents

17h. Je dois me dépêcher, ma chronique à la radio est dans 1h. Je me prépare dans l’entrée et j’entends ma mère me dire “N’oublie pas, ce sont tes études en priorité !”. 

La question des études. Nous pouvons souvent nous imaginer des jeunes riches qui pensent vivre sur l’héritage. Ce cliché est faux dans la plupart des cas. Quand je rentre chez moi le soir, je suis toujours heureuse d’étudier les médias, un domaine qui me plait. Le journalisme, métier à risques, souvent précaire…aurais-je choisi d’autres études si j’avais eu d’autres moyens ? Peut-être. En réalité je ne suis même pas encore sûre du choix de mon futur métier. Je tente, j’expérimente. Et oui, des incertitudes se décèlent chez tout le monde, peu importe nos moyens financiers.  Je me donne les moyens de réussir car j’ai un challenge dû à ma situation : celui d’aller encore plus loin que mes parents.

Je descends la rue alors que le temps se rafraichit. J’arrive à l’arrêt du tram 4 direction Gare du Nord. Une fois arrivée au terminus, je dois prendre ma correspondance qui m’emmènera à Schaerbeek, lieu où siège la radio communautaire dans laquelle je travaille. Quand j’étais en Rhéto, je m’amusais à faire des vidéos sur internet jusqu’au jour où un animateur de cette radio m’a contactée. Je ne connaissais rien de ce monde, j’étais curieuse, il m’a proposé de faire une chronique, j’ai pris l’opportunité qui s’offrait à moi, j’y suis allée et je n’en suis plus repartie. 

J’arrive enfin au studio radio. Ma chronique high-tech hebdomadaire est imprimée pour moi dans la salle de réunion. J’y trouve un autre animateur, il parle arabe avec un autre collègue, comme la majorité des employés ici, nous nous saluons. Découvrir d’autres cultures a toujours été enrichissant pour moi.

L’émission est en français, ma chronique dure 3 minutes. A la fin, je reçois un appel du patron de mon job étudiant : “Peux-tu venir travailler ce soir ? Il y a eu un désistement”. J’accepte, j’ai une heure de marge. Je dis au revoir à mes collègues, et me dirige vers le tram. 

La valeur de l’argent 

19h. J’arrive à Uccle, dans ce commerce de petite restauration qui fait des bagels et des hot-dogs. 

C’est calme. Mon père m’appelle, je lui dis que je suis au travail. “Ah c’est bien, tu vas pouvoir te faire un peu d’argent ce mois-ci !”.  Mes parents ont toujours voulu me transmettre la valeur du travail et de l’argent, malgré nos moyens. Depuis mes 16 ans, j’enchaîne les jobs étudiant. Mes voyages, mes loisirs, ma vie d’étudiante en général est à mes frais. Heureusement, je vis encore chez mes parents. Un coût de la vie en moins donc, qui est non négligeable. Quand je dis à ma mère que j’aimerais partir voir ma sœur à Montréal, elle me répond : ” Tes vacances, tu te les payes !”. Je regarde le prix des vols : 600€. Trop cher. Je ne peux pas me le permettre. Je décide d’attendre une baisse des prix. 

Je suis économe, je garde une marge de sécurité sur mon compte 

Je pars beaucoup en voyage, j’aime ça. C’est d’ailleurs ce à quoi la plus grosse partie de mon budget est consacrée. Je n’achète d’habits que très rarement. Je n’ai jamais vécu au-dessus de mes moyens. Au contraire, je suis très économe et j’ai toujours besoin de garder une marge de sécurité sur mon compte en banque.   

21h. La nuit tombe sur Uccle. Mon travail fini, je m’autorise une pause. Je vais prendre le tram afin de rejoindre des amis dans un bar du centre-ville souvent fréquenté par mon ami Xavier : l’Archiduc. Je prends une kriek : 8€. Je trouve cela très cher. Nous poursuivons avec le Belga, un bar de la place Flagey considéré comme “bobo”. L’ambiance m’y est déjà plus familière. Moins pour Xavier, héritier d’une famille de nobles. 

Vous vous en doutez, notre compte en banque ne définit pas forcément nos relations, nos études, notre futur, nos sorties et encore moins notre personnalité. Ce milieu privilégié est finalement aimé, détesté, envié, jalousé et malgré cela, être fortuné est encore mal vu. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, très paradoxalement, je ressens encore le besoin de le rappeler : nous sommes “comme tout le monde”.

Quartier triche

Entrée riche
Piano à queue
Ferrari
Collection montres
Piscine privée

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