Interview: "Le Moyen-Orient est un des théâtres sur lesquels se joue cette grande partie géopolitique entre la Russie et l'Occident"

Le conflit au Moyen-Orient représente-t-il une opportunité stratégique pour la Russie ? Nous avons posé la question à Jean-Sylvestre Mongrenier, Professeur agrégé d'Histoire-géographie et Docteur en géopolitique.

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Photo: Jean-Sylvestre Mongrenier - Institut Thomas More

Le conflit au Moyen-Orient représente-t-il une opportunité stratégique pour la Russie ? Nous avons posé la question à Jean-Sylvestre Mongrenier, Professeur agrégé d’Histoire-géographie et Docteur en géopolitique.

Photo: Jean-Sylvestre Mongrenier – Institut Thomas More

Quel rôle a joué la Russie au Moyen-Orient jusqu’ici et particulièrement dans le conflit israélo-palestinien ? 

Dans cette affaire, il y a un lien ancien et continu entre la Russie et le Hamas. La Russie ne reconnaît pas le Hamas comme une organisation terroriste. Ensuite, plus largement à l’arrière-plan, il y a des alliances entre la Russie, l’Iran, le régime de Damas et d’autres acteurs. La Russie cherche à instrumentaliser ces relations pour évincer les États-Unis et les Occidentaux de la région.

Quelle opportunité représente le conflit au Moyen-Orient pour Poutine ? 

Il y en a deux. Une opportunité à court terme d’abord. Tout ce qui peut distraire les Occidentaux du soutien à l’Ukraine est forcément une bonne chose pour la Russie. D’une part, il n’y a pas forcément une unité entre les occidentaux sur la question de Gaza. D’autre part, il y a la question de l’approvisionnement militaire. Ici, le soutien apporté par les États-Unis à Israël serait fait au détriment de l’Ukraine. 

Et puis, à plus long terme, le Moyen-Orient est un des théâtres sur lesquels se joue cette grande partie géopolitique entre la Russie et l’Occident.

Quel rôle joue ce conflit dans la géopolitique globale de Poutine ?

Avec cette guerre, on marche vers un conflit plus large. On parle d’un conflit global, d’une lutte hégémonique universelle, ça entraîne une bipolarisation avec d’un côté les Occidentaux et de l’autre l’alliance entre la Russie, l’Iran et la Chine. Cela va mener vers des conflits qui risquent de s’interconnecter depuis l’Europe jusqu’à l’Extrême-Orient. 

Il y a donc bien une vision stratégique globale chez Poutine dans ce conflit ?

Vladimir Poutine nous le dit régulièrement: il voit la guerre d’Ukraine comme le point de départ d’une lutte universelle qui devrait mettre à bas l’Occident et faire basculer le monde vers l’Eurasie. Pour lui, cette lutte devrait être animée par un tandem sino-russe. C’est comme ça qu’il voit les choses et il n’y a pas de raison de ne pas le prendre au sérieux.

la guerre en Ukraine est un révélateur et un accélérateur

Ce discours, Poutine le tient depuis longtemps, pourrait-on cependant dire qu’il y aujourd’hui une rupture dans la manière dont la Russie gère ses relations au Moyen-Orient ? 

Oui, il y a une rupture. Il y a bien des positions pro-Hamas qui ont été affichées alors qu’avant la Russie tentait de garder des relations cordiales avec Israël. En fait, la guerre en Ukraine est un révélateur et un accélérateur. Une grande épreuve de force se préparait déjà depuis un moment. C’est nous qui n’avons pas voulu voir les choses, on se disait : “ Ça va rester local, ça va rester gérable”. On prenait nos désirs pour des réalités. Mais avec la grande offensive qui a été lancée en 2022, le voile s’est déchiré. On ne peut plus faire semblant de ne pas voir ce que l’on voyait.

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