La maternité au temps du covid-19

Les protocoles sanitaires auront apporté de la frustration, mais aussi des améliorations dans l'accueil des nouveaux-nés à l'hôpital. Sages-femmes et parents se sont adaptées à la crise sanitaire. Reportage à la clinique Saint-Pierre à Ottignies.

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Photos: Sybilline Carlot

Les protocoles sanitaires auront apporté de la frustration, mais aussi des améliorations dans l’accueil des nouveaux-nés à l’hôpital. Sages-femmes et parents se sont adaptées à la crise sanitaire. Reportage à la clinique Saint-Pierre à Ottignies.

Photos: Sybilline Carlot

Il est 8h00 à la clinique, une odeur de café dans l’air. Certaines chambres attendent encore d’être occupées, dans les autres, les mamans et leur nourrisson se réveillent. Un petit déjeuner pour la chambre 1306, un autre pour la 1313. 

Au fond du couloir, Juliette Koller, sage-femme en charge aujourd’hui de la patiente atteinte du covid, se prépare. Une blouse, des gants, une charlotte sur la tête, des lunettes et « un masque qui serre trop » à enfiler, pour pouvoir rentrer dans la chambre de la patiente. Ces protocoles d’hygiène exceptionnels pour les cas de covid, même si plus rares, restent d’application. Il faut encore s’adapter. La sage-femme en chef nous dit : « on a essayé de regrouper les soins pour ne pas devoir s’habiller et se déshabiller vingt fois. La nuit, l’infirmière est seule donc ce protocole s’opère parfois au détriment des autres patientes ». 

À cette heure, le silence qui règne dans les allées de la maternité est étonnant.

Devenir parents en 2021

Il est 9h22, Florence et Sébastien reviennent de la salle de naissance. La mère, encore faible, est poussée sur un lit par les soignants et son compagnon. En avançant dans le couloir, aucun pleur ne se fait entendre. C’est leur 3ème enfant, mais le premier à naître en temps de covid. Les adaptations au covid-19 ont impacté les parents. « Je n’ai pu accompagner ma compagne qu’à trois rendez-vous prénataux » indique Sébastien. Il a eu un sentiment de ne pas être investi à 100% dans la grossesse, alors que ce sont les conditions sanitaires qui l’en ont empêché. 

Sur un panel de 4000 femmes interrogées pour une étude, 41% d’entre elles craignaient de devoir accoucher sans leur partenaire. 32% des répondantes avaient également peur d’être séparées de leur bébé. Dans les faits, 3 à 5% de parents n’ont pas pu rendre visite à leur enfant en service de néonatologie.

Source: Plateforme Citoyenne pour une Naissance Respectée

Juliette, sage-femme se prépare à rentrer dans la chambre d'une patiente atteinte du coronavirus.
Un attirail à enfiler pour s’occuper des patientes atteintes du coronavirus, on ne s’y habitue toujours pas. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)

Des contraintes dues au covid, il y en a plus d’une. Et pourtant, quand on se promène dans les couloirs de la maternité, on ne ressent pas les problèmes. Les couleurs y sont chaleureuses et douces à la fois. Le fuchsia sur les murs, cette agréable température et la présence des sages-femmes rendent l’espace rassurant. C’est lors des discussions qu’on comprend mieux les problèmes liés à la crise, bien que certains se sont déjà atténués. 

« Certaines mamans mentaient sur leurs symptômes »

Durant la première vague, le personnel et les patients, tous étaient stressés. « On s’est retrouvés face à des gens symptomatiques qui ont menti sur leurs symptômes. Peut-être parce que c’était honteux pour certains, je ne sais pas. »

Annick Carlier, sage-femme en chef, poursuit : « Maintenant ce qui est plus difficile à gérer c’est que les gens ne respectent plus rien. Il y a des gens qui essayent de passer, par exemple les grands-parents. Certains ne portent plus le masque dans l’hôpital ».

Le port du masque : une arme fatale

Juliette, sage-femme raconte : « Hier, j’avais une dame qui était victime de violences conjugales. Je devais avoir certaines informations, notamment pour savoir si elle pouvait quitter l’hôpital. Donc je lui demandais des informations très personnelles, je rentrais dans son intimité et en fait, la femme n’a jamais vu mon visage. » Le cadre des échanges est très impersonnel alors que, dans ce cas-ci, la patiente a besoin d’être rassurée pour se confier.

Le port du masque crée une distance. Ce problème reviendra à plusieurs reprises dans les discussions. Les sages-femmes s’en plaignent. C’est dur de devoir le porter toute la journée. Pour Florence qui vient tout juste d’accoucher aussi : « Encore aujourd’hui, nous devons accoucher en portant le masque et c’est vraiment compliqué pour les respirations ».

En cas de dépistage négatif du Covid-19, le protocole n’a été respecté que dans 40% des cas, forçant certaines mères négatives à accoucher avec un masque. 

Source: Plateforme Citoyenne pour une Naissance Respectée

Le calme après la tempête 

Il y a des allers et venues, des livraisons, des techniciennes de surfaces, des stagiaires, des pères qui vont et viennent, mais dans l’ensemble les couloirs sont assez vides. 

Si la maternité est aussi calme aujourd’hui, c’est évidemment parce qu’il y a des périodes plus chargées que d’autres. Mais c’est en partie dû à l’interdiction des visites à l’hôpital. Aujourd’hui, seul le deuxième parent ainsi que la fratrie du nouveau-né y sont autorisés. Après l’accouchement, les familles ont besoin de calme et de sérénité. Ce qui est le cas, contrairement à ce qu’on pourrait penser. 

Justine et Jean-François, parents pour la première fois, sont contents que les visites ne soient pas autorisées. Jean-François explique : « ça nous laisse le temps d’atterrir ». Justine a un petit regret : « c’est juste dommage que les grands-parents ne puissent pas venir ». 

Florence et Sébastien, parents eux pour la troisième fois, s’accordent pour dire qu’ils sont soulagés de ne pas avoir les visites. « À la naissance de notre premier enfant, nous avions d’ailleurs dû dire stop à nos proches car nous étions épuisés ». 

Selon Annick Carlier, cette contrainte concernant les visites est effectivement positive même si au début les mamans n’étaient pas ravies du changement : « Elles sont contentes de ne pas élargir trop les visites. Les bébés sont aussi beaucoup plus calmes la nuit. Avant, parfois elles n’allaitaient pas leur bébé ou allaient dans les toilettes pour avoir un peu d’intimité. Donc oui, c’est positif qu’il n’y ait plus autant de visites ». 

Une chose est sûre, le covid n’aura pas empêché les familles de s’agrandir. En effet, cette année pourrait battre des records. Puisqu’à la mi-octobre le nombre d’accouchements s’élève déjà à 1106, pour une moyenne annuelle de 1450 accouchements les autres années.

Une maman tient son bébé dans les bras alors que le papa se lève pour les rejoindre.
En toute intimité, on se repose mieux. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Plusieurs sages-femmes dans le bureau.
Parfois, il y a des complications. Le renfort des collègues est alors nécessaire, pour faire une prise de sang par exemple. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Sage-femme assise à son bureau, au téléphone.
Tiraillées entre les sonneries de téléphone et les appels en chambres. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Salle de naissance avec un bain de dilatation bleu.
Dans la salle de naissance, on y trouve « un bain de dilatation » (pour soulager les mamans en attente d’une péridurale ou qui ont un projet physiologique). Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Soins apportés à une maman quelques heures après l'accouchement.
Les sages-femmes passent régulièrement en chambre pour vérifier l’état des mamans et de leur nourrisson. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Sage-femme appuyée sur le plan de travail, au téléphone, dans la section des naissances.
Près des salles de naissances, pas de pause mais des coups de téléphone.
Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Sage-femme équipée pour rentrer dans la chambre d'une patiente atteinte du covid-19.
Les cas de covid-19, non ce n’est pas terminé. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Un papa seul au milieu des couloirs de la maternité.
Perdu dans les couloirs vides parmi des pleurs de nouveaux-nés. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)
Une employée réceptionne une livraison de langes.
Les petites mains, autres que les sages-femmes, sont tout aussi importantes dans le service. Photo: Sybilline Carlot (CC BY NC ND)

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