La friche Josaphat, ce joyau naturel menacé au cœur de Bruxelles

Terres laissées aux soins de la nature, les friches sont des petits trésors intacts, présents notamment en ville. Mais elles sont malheureusement bien souvent menacées, si elles n’ont pas encore disparu.

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Photos : Solenne Deineko (CC BY NC ND)

Terres laissées aux soins de la nature, les friches sont des petits trésors intacts, présents notamment en ville. Mais elles sont malheureusement bien souvent menacées, si elles n’ont pas encore disparu.

Photos : Solenne Deineko (CC BY NC ND)

Choucas des Tours, Troglodytes mignons, Houx, Moro-Sphinx, Cormoran Pygmée, Marronnier d’Inde ou encore tamias de Sibérie. En ouvrant grand les yeux et en prêtant attention à ce qu’il se passe dans la nature, c’est bien en Belgique, et plus particulièrement à Bruxelles, que ces espèces de faune et de flore sont observables. Jardins, parcs, prairies, forêts ou encore friches…Avec presque 50% de sa surface qui est non-bâtie, Bruxelles est inévitablement une ville où l’on trouve énormément d’espaces verts, faisant souvent office de lieux de rencontre ou de détente.

Toutefois, il y a espace vert et espace vert. L’aménagement mis en place dans ces espaces joue un rôle important, car bien que les grandes pelouses soient belles esthétiquement, ce sont des déserts écologiques. Et c’est également le cas des plaines de jeu, des terrains synthétiques ou encore des endroits aquatiques entourés de béton. Les milieux favorables à la biodiversité, et plus particulièrement les friches, sont donc en réalité en voie d’extinction. La friche de Tours et Taxi, la friche Marly, la friche Delta, le Val d’Or à Woluwe-Saint-Lambert,..toutes ont déjà disparu ou sont en train de disparaître.

Toutefois, une friche résiste encore et toujours : la friche de Josaphat. Réel bol d’air frais dans Bruxelles, elle nous fait voyager dans une campagne lointaine, où les chemins sont esquissés jour après jour par ceux qui ont la chance de pouvoir y accéder. Ça sent bon le froid en cette période de novembre. Ce même froid, qui, entrelacé au vent, glace nos mains en quelques minutes et chatouille le bout du nez. Les herbes craquent sous les pieds, on s’enfonce dans la boue encore humide. Les oiseaux chantent, se pourchassent, se perchent. Les autres insectes et animaux restent, eux, encore probablement cachés dans un coin. Un espace de nature pure et sans artifices s’ouvre devant nos yeux. Il suffit de s’approcher, de se pencher et de regarder pour y voir ses trésors.

Pourtant, un Plan d’Aménagement Directeur (PAD) concernant la friche a été décidé par le gouvernement régional. La volonté ? Mettre en place un nouveau quartier mixte et durable permettant, toutefois, à cet espace de conserver son caractère de poumon vert dans Bruxelles. Un maximum de 1.380 logements seraient implantés, dont 45% répondraient au besoin des Bruxellois d’avoir des logements financièrement accessibles. Les 55% restant seraient, eux, des logements privés. À l’heure d’une crise du logement, cela peut sembler être un projet répondant aux besoins immédiats. Et à l’heure de la sixième extinction de masse, cela peut également être considéré comme une hérésie. Alors, sur quel pied danser ?

Mission sauvetage

Benoît De Boeck est un naturaliste amateur et riverain de la friche Josaphat. Jumelles au cou et bottes de pluie aux pieds, Benoît aime fréquenter ce lieu où la nature a encore tous ses droits. Il y vient depuis six ans mais y passe du temps quasi quotidiennement depuis trois ans déjà.

En parlant des trésors renfermés dans cet espace, ses yeux pétillent, un sourire s’esquisse sur son visage. Il déambule dans la friche, les hautes herbes chatouillant ses jambes, ses pieds s’enfonçant dans la boue. Il explique volontiers l’espèce de chaque plante que nous croisons. Il souligne notamment que “768 des 5.981 espèces de faune et de flore observées sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale ont déjà été observées à la friche, dont plusieurs uniquement sur ce site”. Il ajoute également, avec une once de tristesse, que la friche constitue pour nombre d’espèces d’oiseaux migrateurs l’un des derniers lieux de halte de la Région. “Détruire cette friche signifierait qu’il deviendrait impossible de revoir ces oiseaux à Bruxelles.”

Au fur et à mesure de ses allers et venues, il a peu à peu pris conscience de la valeur de cet espace et a décidé de se battre pour protéger sa diversité. A cette fin, il a créé un groupe Facebook il y a trois mois. Il rassemble aujourd’hui plus de 1.500 membres. Des rencontres avec des responsables politiques communaux et régionaux sont également organisées, ainsi que des actions de sensibilisation et de communication auprès du grand public. Le groupe entend amener un maximum de citoyens à répondre à l’enquête publique sur le PAD, afin d’obtenir un possible amendement du plan et pouvoir introduire des recours en Justice, le cas échéant.

Toutefois, quand on lui demande pourquoi avoir choisi de protéger la friche de Josaphat au lieu de militer pour une plus grande accessibilité aux logements, Benoît répond que “les défenseurs de la friche ne sont évidemment pas contre une politique de logement, et que c’est profondément légitime que chacun puisse se loger”.  “Il convient cependant de ne pas perdre de vue que des milliers de mètres carré de logements et de bureaux sont inoccupés. Pourquoi ne pas rénover prioritairement ceux-ci ?” Mais surtout, il déclare que “se présenter comme un défenseur du logement comme le font de nombreux responsables politiques et être aussi inefficace, c’est scandaleux”.

Selon Benoît, la destruction de cette friche aurait non seulement des conséquences importantes pour sa biodiversité mais aurait également des conséquences sur la mobilité, la pollution et la cohésion sociale du quartier. Serait-ce donc en réalité un problème global qui est soulevé ici ? Celui de politiques qui s’entrechoquent sans pour autant, pour l’instant, trouver de solutions durables et communes ?

Entrée de la friche de Josaphat
Bateau à moteur servant de pot de fleurs durant le printemps – friche de Josaphat
Pots de fleurs dans l’entrée de la friche de Josaphat
Photos : Solenne Deineko (CC BY NC ND)
Malva Sylvestris ou Mauve Sylvestre
Photos : Solenne Deineko (CC BY NC ND)
Corneilles
Apiaceae séchée
Benoît De Boeck, naturaliste et riverain de la friche de Josaphat
Alentours de la friche de Josaphat
Compagnie des Nouveaux Disparus, sur le terrain de la friche de Josaphat
Oenothera biennis ou Onagre bisannuelle

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