Interdiction totale de voyager ? Pas tout à fait

La pandémie de covid-19, qui affecte 188 pays, impacte nos déplacements et nos voyages. En Belgique, le tourisme est suspendu et tous les voyages "non essentiels" vers l’étranger ont été interdits au moins jusqu’au 19 avril. Mais est-ce vraiment devenu si compliqué de voyager ? Décryptage. 

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La pandémie de covid-19, qui affecte 188 pays, impacte nos déplacements et nos voyages. En Belgique, le tourisme est suspendu et tous les voyages “non essentiels” vers l’étranger ont été interdits au moins jusqu’au 19 avril. Mais est-ce vraiment devenu si compliqué de voyager ? Décryptage. 

Plus de 160 États ont émis des restrictions d’accès à leur territoire en vue d’enrayer la pandémie de Covid-19. L’Europe a fermé les frontières de l’espace Schengen. En Belgique, l’offre ferroviaire est drastiquement réduite, l’aéroport de Bruxelles national n’accueille que 5% des vols passagers et l’aéroport de Charleroi est partiellement à l’arrêt. La police fédérale belge a été mobilisée pour renforcer les contrôles sur les voies routières, dans les ports, aéroports et gares d’arrêt des trains internationaux.

Si de plus en plus de pays adoptent des mesures similaires afin de limiter les déplacements des citoyens et d’endiguer la pandémie, voyager reste encore possible. 

Des voyages “essentiels” autorisés

Sur son site internet, le SPF Affaires étrangères, compétent pour les conseils aux voyageurs, dit interdire tous les voyages non essentiels vers l’étranger, tant ceux-ci ne permettent pas de lutter efficacement contre la propagation du virus et que le risque de blocage pour les citoyens belges est élevé. Mais qu’est-ce qui relève du caractère “essentiel” ? 

  • Les voyages professionnels, y compris les déplacements domicile-travail.

Vous êtes domiciliés en Belgique, mais vous travaillez à l’étranger ou inversement ? Franchir la frontière vous sera autorisé. Tous les travailleurs frontaliers peuvent continuer à exercer leurs déplacements pour autant que ceux-ci soient réduits au strict nécessaire en privilégiant le télétravail.

  • L’apport d’une assistance à une personne vulnérable et la poursuite de soins médicaux pour vous, un membre de votre famille ou un animal. 

Comme à l’intérieur des frontières, vous déplacer pour aider une personne âgée, mineure ou handicapée, ainsi que vous rendre chez le médecin ou chez le vétérinaire relève du caractère essentiel et est donc aussi autorisé vers l’étranger. Cependant, les autorités demandent aux citoyens concernés d’examiner d’abord s’il n’existe pas une solution alternative. Si tel n’est pas le cas, il vous sera alors autorisé de voyager, pour autant que le pays de destination le permette.

  • La garde partagée 

À l’instar de parents séparés résidant en Belgique, la garde partagée entre parents vivant dans des régions frontalières peut se poursuivre normalement. Toutefois, le SPF Santé publique rappelle qu’un enfant malade doit rester chez le parent qui en a la garde. De même, si une personne présente les symptômes du coronavirus dans un foyer, il ne faut pas y amener le(s) enfant(s) non-malade(s).

Les déplacements jugés non-essentiels sont passibles d’une amende allant de 250 à 4000€

À tous les postes frontières, il est vérifié que les passagers qui se présentent effectuent bien un déplacement essentiel. Il n’est pas nécessaire d’avoir un document écrit justifiant la raison du voyage. C’est tout de même recommandé, étant donné que le caractère essentiel du déplacement est laissé à l’appréciation du policier lors du (très probable) contrôle. Les déplacements jugés non-essentiels sont passibles d’une amende allant de 250 à 4000€. 

Contrôle de police
Le spécialiste de la gestion des urgences, Jean-Luc Peltier, s’entretient avec des membres de la police fédérale belge le 18 mai 2015. Photo : Pascal Demeuldre (CCBY NC SA)

Une dette et de la quarantaine
pour les Belges de l’étranger 

Les Affaires étrangères invitent les touristes et les étudiants belges à l’étranger à considérer un éventuel retour anticipé au risque d’être contraints de rester plus longtemps que prévu sur place. Les personnes qui résident de façon permanente à l’étranger doivent elles-mêmes estimer si le fait de rester sur place constitue la meilleure option. Dans le cas où les frontières du pays d’accueil sont fermées, la Belgique conseille à ses ressortissants de rester où ils sont, de bénéficier d’un logement, des soins de santé et de s’assurer d’avoir des ressources financières suffisantes.

Les Belges qui embarquent sur les vols affrétés par la Belgique doivent signer une reconnaissance de dette pour le prix du rapatriement. Selon le ministère des Affaires étrangères, “le prix du vol aller-retour est divisé par deux, puis par le nombre de sièges disponibles“. Admettons que vous êtes coincé au Mali et que la Belgique décide de vous rapatrier. Si le vol aller-retour Bruxelles-Tombouctou coûte 1000€, divisez ce prix par deux pour le simple retour (soit 500€), puis par le nombre de sièges disponibles, disons 10. Vous devrez donc rembourser 50€ à l’État belge.

Les États membres qui affrètent un vol dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’UE réservent un nombre variable de places aux citoyens belges. Pour la Belgique, “la priorité est donnée aux plus vulnérables ou à ceux qui voyagent avec de très jeunes enfants“. Rapatriées ou non, toutes les personnes qui reviennent de l’étranger via un aéroport ou qui sont allées chercher quelqu’un à l’aéroport doivent rester en quarantaine à domicile pendant deux semaines, et ce, même si elles sont employées dans un secteur essentiel. 

Vu l’impact mondial de la crise sanitaire, les moyens d’action de la diplomatie belge sont limités.​ Actuellement, les Affaires étrangères estiment à 27.000 le nombre de Belges encore à l’étranger, dont près de 15.000 doivent encore être ramenés au pays. Selon le ministre de tutelle Philippe Goffin (MR), 5.133 ressortissants belges ont été rapatriés grâce à une vingtaine de vols organisés par la Belgique depuis le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, l’Espagne, le Mali, le Congo, le Rwanda, le Burundi et le Pérou. D’autres rapatriements sont prévus au départ des Philippines, des Caraïbes et de l’Afrique du Sud dans les prochains jours.

Sur son compte Twitter, Philippe Goffin, ministre des Affaires étrangères, faisait le point le samedi 5 avril 2020 sur le nombre de Belges rapatriés de l’étranger à cause du coronavirus.

Conseils pour les plus téméraires (ou irresponsables)

  • Si votre voyage est annulé ou que vous décidez de l’annuler : contactez en premier lieu votre tour-opérateur, votre organisme de voyage ou votre compagnie aérienne. Si les lignes commerciales font défaut, prenez contact avec le SPF Économie.

  • Si vous devez vraiment voyager ou que vous êtes actuellement à l’étranger : pensez à vous enregistrer en tant que voyageurs sur le site des Affaires étrangères. Cela permet aux services consulaires d’être en contact direct avec vous. Tenez-vous informé de la situation sur place et suivez scrupuleusement les recommandations des autorités locales. Les avis de voyage sur le site du SPF Affaires étrangères sont régulièrement mis à jour, pays par pays. Un centre d’appels pour assister les Belges à l’étranger est disponible tous les jours de 8 à 21h au +32 (0)2 501 4000. La diplomatie belge est également active sur Facebook via Messenger et sur le groupe #BelgesSolidaires qui reprend les conseils et les initiatives privées de Belges résidant en permanence à l’étranger.
  • Prenez vos précautions, portez un masque et des gants dans les lieux de transit. Une fois arrivé chez vous ou sur place, désinfectez votre valise et vos autres sacs et lavez vos vêtements.
  • Sinon, vous pouvez également rester chez vous.

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