Fedasil : Une plainte et des nouvelles infections en Flandre

La grogne s'intensifie chez les permanents syndicaux du personnel de FEDASIL qui critiquent la mauvaise gestion de la crise sanitaire de l'agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile. Alors que plusieurs cas de Covid-19 ont été identifiés, le syndicat a décidé de déposer une plainte auprès de l'inspection du contrôle du bien-être au travail.

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Photo : Fedasil

La grogne s’intensifie chez les permanents syndicaux du personnel de FEDASIL qui critiquent la mauvaise gestion de la crise sanitaire de l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile. Alors que plusieurs cas de Covid-19 ont été identifiés, le syndicat a décidé de déposer une plainte auprès de l’inspection du contrôle du bien-être au travail.

Photo : Fedasil

Le centre Fedasil de Mouscron, l’un des 30 fédéraux, abrite 900 demandeurs d’asile alors que la capacité maximale et officielle du bâtiment plafonne à 850 personnes. Ce problème de densité rend impossible le respect des mesures de distanciation sociale imposées en Belgique. Et le cas de Mouscron n’est pas isolé; il reflète la situation de plusieurs centres “où il n’y a pas la place pour respecter les mesures de confinement”, regrette André Gilles, secrétaire général du syndicat CGSP Admi. “A Bovigny, le personnel en vient à installer des lits dans les cuisines, faute de place.”

Les demandeurs d’asile qui se sont absentés des centres pendant cinq jours sont placés dans des zones de confinement, par précaution. Mais ces mesures officielles se heurtent rapidement à une réalité plus délicate. “Ces chambres de confinement, c’est du bricolage. Et puis, les résidents n’y restent pas. C’est impossible pour le personnel de contrôler tout le monde. Ils se mélangent, ils vont dans les cours, ou bien jouent au foot ensemble”, détaille André Gilles. Un membre du personnel qui préfère taire son identité confirme : “Au niveau opérationnel, on est complètement dépassés.”

Les zones de confinement sont délimitées par des bâches, au sein même des centres, là où il reste de la place.

Plusieurs cas positifs à Arendonk

Face à cette situation, le personnel de Fedasil se dit désarmé. D’abord parce qu’aucun test de dépistage du Covid-19 n’est réalisé au sein des centres. “La seule solution pour un résident d’être testé, c’est d’être presque mort et envoyé dans un hôpital”, lance le travailleur de Fedasil.

Alors que plusieurs cas avaient déjà été détectés en Wallonie, on apprend aujourd’hui d’une source interne que plusieurs demandeurs d’asile de centres Fedasil se sont révélés positifs au Covid-19 en Flandre, notamment à Arendonk. Une nouvelle qui ne fait qu’accroître l’inquiétude au sein du personnel qui déplore l’absence de matériel de protection, notamment de masques, “alors que les policiers et les agents de sécurité du centre en sont équipés”. “La ministre de tutelle Maggie De Block, et Théo Francken avant elle, n’ont jamais voulu investir dans des moyens structurels. On en paie désormais le prix”, regrette le secrétaire général de la CGSP Admi.

À nos confrères de l’agence Belga, Fedasil reconnaît qu’il n’est “pas évident de maintenir des règles sanitaires dans les structures collectives, notamment dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile qui sont en outre confrontés à un taux d’occupation élevé”. Jointe à plusieurs reprises par nos soins, l’agence fédérale n’a pas répondu à nos sollicitations.

La réouverture du Petit-Château ou “la goutte d’eau”

À ces différents problèmes s’est ajoutée “la goutte d’eau qui a fait déborder le vase”, ce mardi 7 avril, pour reprendre les termes du communiqué de presse de la CGSP Admi : la réouverture du centre d’arrivée pour demandeurs d’asile située au Petit-Château à Bruxelles, actée pour fluidifier le traitement des demandes d’asile, à nouveau disponibles via un formulaire en ligne.

“Le personnel a appris, via mail et la veille, la réouverture de ce centre. On leur a répondu qu’ils n’avaient pas le droit car aucune analyse de risque n’avait été réalisée par la médecine du travail. Ils nous indiqué avoir reçu une validation. Nous attendons toujours les preuves de cette validation”, nous relate notre source en interne.

Cette réouverture paraît insensée, dans l’état actuel des choses, aux yeux du syndicat CGSP Admi, qui réclame des mesures claires et cohérentes pour protéger ses travailleurs comme les demandeurs d’asile. D’autant que, vu la situation, l’ambiance se tend au fil des jours entre ces différents acteurs. Le syndicat ne demande pas la suspension des traitements des demandes mais il insiste pour que les autorités mettent en place “de véritables zones d’isolement”

Une plainte “dans les prochains jours”

Pour la Ligue des Droits Humains (LDH) et son directeur Pierre-Arnaud Perrouty, cette réouverture des centres d’arrivée sonne comme une bonne nouvelle relative. “L’inquiétude du personnel est tout à fait légitime, et nous la comprenons, mais il ne faut pas suspendre les demandes d’asile.” Si la LDH se range en faveur de mesures sanitaires prises au sein des différents centres, elle promet aussi qu’elle interpellera “officiellement, officieusement et par voie judiciaire si nécessaire” les autorités compétentes, en cas de nouvelle fermeture temporaire du centre d’arrivée. “Le droit de demander l’asile est notre ligne rouge à ne pas franchir”, explique son représentant.

Reste à savoir comment le gouvernement entend concilier la protection sanitaire des travailleurs des centres et la poursuite de la prise en charge des candidats à l’exil en Belgique. Un dilemme à résoudre qui concerne d”eux problématiques corrélées bien avant la crise”, à en croire André Gilles qui “depuis des années, rappelle aux pouvoirs publics que les conditions de travail sont liées aux conditions d’arrivées”.

Pour l’heure, le personnel de Fedasil compte défendre ses conditions de travail. Face au manque de réaction de la direction de Fedasil, qui n’a toujours pas présenté les preuves attestant qu’une analyse de risque a été menée par la médecine du travail, l’un des membres du personnel de l’institution nous affirme aujourd’hui qu’une plainte sera déposée, dans les jours à venir, auprès de l’inspection du contrôle du bien-être au travail.

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