"Sexisme en coulisse" dans la sphère politique

Dans la lignée des mouvements #MeToo et de libération de la parole des femmes, la députée bruxelloise Margaux De Ré décrit comment le sexisme ordinaire et le harcèlement sexuel persistent dans les coulisses de la sphère politique belge. 

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Crédits : Lum3n

Dans la lignée des mouvements #MeToo et de libération de la parole des femmes, la députée bruxelloise Margaux De Ré décrit comment le sexisme ordinaire et le harcèlement sexuel persistent dans les coulisses de la sphère politique belge. 

Crédits : Lum3n

Au lendemain du #MeTooPolitique en France, quelques voix belges se sont aussi élevées pour dénoncer les agressions sexuelles en politique. Le milieu politique belge est loin d’être épargné par ces faits qui sont, rappelons-le, punissables par la loi en Belgique (au travail ; Loi sur l’égalité du 10 mai 2007 et contre le sexisme dans l’espace publique ; Loi du 22 mai 2014). 

Au sein du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en dehors d’une charte éthique que tou·tes les parlementaires sont tenu·es de respecter, aucune mesure de prévention, sensibilisation ou suivi des personnes victimes de harcèlement sexuel n’a été mise en place. Mammouth a donc interrogé les partis francophones de la majorité du Parlement afin de savoir si des décisions ont été prises en interne par les groupes politiques. 

Pour ce qui est du PS, la députée Gwenaëlle Grovonius confie ne pas avoir reçu de messages de prévention en la matière. Par contre, un groupe de travail interne au parti a été créé il y a à peu près un an. Des député·es PS et des personnes de la société civile proches du parti s’y réunissent pour discuter de sujets tels que la représentation des femmes, la lutte contre les violences, la place que le parti donne aux femmes, les quotas, etc.

Concernant le groupe DéFi, la porte-parole Corinne Bodart décrit qu’un dispositif existe au sein du parti. Lorsqu’un·e membre veut porter plainte, celle-ci est déposée auprès de la Secrétaire générale de DéFi, Alexandra Dupire. La plainte remonte ensuite jusqu’au Comité des sages, organe paritaire et composé de sept membres. Instauré afin de se prononcer sur des questions de discipline, inconduite notoire ou manquement aux obligations, le harcèlement sexuel est donc aussi traité par le comité. 

Chez Ecolo, depuis la prise de parole des femmes politiques françaises, les choses commencent à bouger. Margaux De Ré explique que les cadres de son parti ont envoyé un mail à leurs mandataires pour les sensibiliser à la problématique. Dans cette communication se retrouvent aussi les mécanismes internes déjà existants et les personnes de confiance pouvant suivre les cas et signalements. Pour la députée bruxelloise, c’est un premier pas encourageant, mais « la seconde étape sera de rendre tout ça structurel et de faire en sorte que, sur toutes les listes en 2024, il n’y ait pas de place pour ces agresseurs ». 

Malgré les dispositifs existants, le sexisme et le harcèlement, qu’il soit sexuel ou non, ne sont pas de l’ordre de l’incidence. La députée, aussi Présidente de la Commission pour l’Égalité des chances et les Droits des femmes, dénonce certains codes encore fortement masculinisés du Parlement qui entravent l’entrée en politique et la vie professionnelle de nombreuses femmes. Système hiérarchique, comportements dominants, délégation de certaines matières, … Face à ces menaces, quelles solutions s’offrent aux femmes qui rêvent de politique et persévèrent pour y faire carrière ? 

Quelques liens en plus pour ouvrir le débat :

  • Le paradoxe des journalistes, LouieMedia : dans ce podcast, Clara Garnier-Amouroux décrypte pourquoi le milieu du journalisme en France a autant de difficultés à dénoncer le sexisme existant en son sein.

  • Pépite Sexiste : créé par une jeune étudiante, Marion Vaquero, ce compte Instagram cherche à dénoncer les petites perles de stéréotypes que les marques répandent. Fous rires à la clé.

  • Comment nos médias font fuir les femmes, Médor : Les journalistes Olivier Bailly, Chloé Andries et Céline Gautier ont cherché par cet article à décrypter le sexisme ambiant dans le milieu journalistique belge. Témoignages, questionnements, mais surtout déconstruction des stéréotypes sont au menu.

  • BeyondTheBox, Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes : Ce rapport de 2014 décrit les résultats de l’étude réalisée sur la population belge quant à son attitude vis-à-vis du sexisme, du racisme et de l’homophobie.

  • Fédération des Centres de Planning Familial : Ce site internet reprend, point par point, ce que le harcèlement sexuel représente en fonction de l’endroit où il se déroule. Y sont aussi expliquées les conséquences et les attitudes à adopter lorsqu’on est victime ou témoin d’un acte de harcèlement. Des outils, tels que des affiches, guides et brochures, sont également disponibles gratuitement sur le site. Le FPS propose en plus d’un dossier sur le harcèlement sexuel de nombreuses informations sur d’autres thématiques, comme la contraception, l’avortement, la communauté LGBTQI+, le Sida et IST, etc.

Si vous vous trouvez victime ou témoin d’une situation à caractère sexiste, de harcèlement ou de harcèlement sexuel : « Si une situation de harcèlement n’est pas résolue « à l’amiable », alors la victime ou un témoin peut prendre contact avec la personne de confiance de son entreprise, avec le conseiller-ère en prévention (interne ou externe) ou encore le Comité pour la Prévention et la Protection au Travail. » (Fédération des Centres de Planning Familial).

Numéros et associations utiles: 

Harcèlement en rue : le 101

Le 101 est toujours disponible si vous sentez que vous êtes en danger. Le 106 existe pour tous besoins d’aide non-urgents et questions. Pour info: Non aux violences.

Violences conjugales : 0800 30 030

Le 0800 30 030 est numéro mis en place par l’association EcouteViolencesConjugales.

Harcèlement sexuel à l’école : le 103

Le 103 est un numéro gratuit et anonyme pour enfants et adolescent·es éprouvant des difficultés, quelles qu’elles soient. Le 0800 95 580 est également disponible pour les parents.

Violences sexuelles : 0800 98 100

L’ASBL SOSViol offre un accompagnement psychologique, social et juridique aux victimes.

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