Emballages et déchets d’emballages : le nouveau règlement européen

Après plus d’un an de travail, de nombreuses négociations entre parlementaires et lobbies et pas moins de 400 amendements votés en séance plénière, le nouveau règlement européen relatif aux emballages et déchets d’emballages a été adopté par les eurodéputés réunis à Strasbourg. Des mesures ambitieuses dans la lignée du Pacte vert pour l’Europe qui demanderont des efforts considérables aux États membres.

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Photos : Alisée Pichon (CC BY NC SA)

Après plus d’un an de travail, de nombreuses négociations entre parlementaires et lobbies et pas moins de 400 amendements votés en séance plénière, le nouveau règlement européen relatif aux emballages et déchets d’emballages a été adopté par les eurodéputés réunis à Strasbourg. Des mesures ambitieuses dans la lignée du Pacte vert pour l’Europe qui demanderont des efforts considérables aux États membres.

Photos : Alisée Pichon (CC BY NC SA)

Adopté par le Parlement européen le 21 novembre dernier, le nouveau règlement a pour ambition de réduire drastiquement les emballages et leurs déchets, dans un souci de respect de l’environnement. Il vient renforcer la législation existante afin d’assurer une harmonisation totale des règles dans l’Union. Une fois approuvé par le Conseil, le texte sera en effet obligatoire et directement applicable dans tous les États membres. Or, jusqu’ici, la directive de 2018 avait plutôt contribué à creuser les disparités, tous les pays n’ayant pas les mêmes capacités, ni les mêmes priorités. Sur ce point, la Belgique est d’ailleurs l’exemple de l’UE. Le royaume est numéro un en recyclage, avec une moyenne de 80 %, tous emballages confondus. Mais son excellent taux de recyclage n’est pas le seul élément qui distingue la Belgique. Elle est également l’unique pays de l’Union qui possède deux systèmes distincts de gestion des emballages, l’un s’occupant des emballages ménagers (FostPlus), et l’autre des emballages industriels (Valipac). Bien que cette séparation nette des deux types d’emballages soit chère aux entreprises belges, elle ne figure pas dans la nouvelle législation européenne. 

Les producteurs d’emballages pas assez écoutés

La nouvelle législation européenne implique nécessairement de nombreux changements dans les habitudes de production des entreprises d’emballages. Matthieu Defour est trader, spécialisé dans le packaging pour la grande distribution. Il échange quotidiennement avec les entreprises de ce secteur, ce qui lui permet d’avoir une vue d’ensemble sur ses enjeux et les éventuels problèmes qu’il rencontre. Selon lui, la principale difficulté du secteur de l’emballage est qu’il doit répondre à deux types de normes : les normes environnementales et les normes sanitaires. Or, ces règles entrent parfois en contradiction. Et même si les équipes de travail tentent de trouver des solutions de compromis, ce n’est pas toujours facile dans les délais qui leur sont impartis. De plus, Mathieu Defour pointe un manque d’écoute et de reconnaissance de l’industrie de la part du monde politique : « Les dogmes politiques peuvent compliquer la réalité de terrain, celle de l’industrie. Il faudrait installer une zone de dialogue entre les acteurs et malheureusement dans notre secteur les portes sont trop souvent fermées. » Des normes qui semblent donc s’imposer au secteur de l’emballage tandis que celui-ci n’a pas vraiment son mot à dire. Et pourtant, d’après Matthieu Defour, « le secteur est lui-même demandeur de règles pour fournir aux consommateurs des emballages à la fois sains et respectueux de l’environnement ».  

Avec l’arrivée du nouveau règlement, les membres de l’Union européenne vont être contraints d’effectuer de nombreux changements dans le processus de fabrication de leurs emballages. Parmi les mesures approuvées au Parlement, la composition des emballages en plastique est l’une des plus importantes. Ceux-ci devront contenir au moins 30 % de contenu recyclé d’ici 2030. Quant aux matières dites dangereuses comme les PFAS ou le BPA, elles seront bannies des emballages alimentaires. Selon Stephan Vandermolen, représentant de la Fédération des entreprises de Belgique, ces changements à effectuer dans la composition des emballages demanderont du temps avant de pouvoir être mis en application. Pour cette raison, le secteur espère que les délais de transposition du règlement seront suffisamment longs. Là encore, la Belgique a plus à craindre que les autres États membres, et ce à cause des efforts qu’elle a déjà entrepris. Ces dernières années, la Belgique a procédé à l’extension du sac bleu, en trouvant des solutions pour trier et recycler les nouvelles matières contenues dans les sacs. Les PMC, plastiques, métaux et cartons sont les déchets qui peuvent être déposés dans les poubelles bleues. Si ces nouveaux emballages venaient à être interdits par l’Union européenne, les efforts préalables de la Belgique seraient vains.

La question des marchés étrangers et leur respect des normes européennes. Intervenants : Ingrid Bouchez (Valipac) et Matthieu Defour (Defimex)

Chez les distributeurs, « l’économie et l’écologie se retrouvent »

Avec la nouvelle réglementation européenne, les rayons de nos grandes surfaces seront eux aussi amenés à changer. La transformation principale concerne la surface de vente des magasins, 10 % de celle-ci devra être dédiée aux stations de recharge, pour produits alimentaires ou non. De cette façon, les députés à l’origine du texte espèrent favoriser la réutilisation des contenants, et ainsi réduire la quantité d’emballages des consommateurs. À l’heure actuelle, de nombreuses chaînes de magasins misent sur des communications eco-friendly et tentent de démontrer à leurs clients les bienfaits du recyclage et de la réduction des déchets. C’est notamment le cas d’Okay, filiale du groupe Colruyt. « Dans nos communications on essaye de sensibiliser sur quatre points : le bien-être, la durabilité, la santé et le respect de l’environnement. » confie Alexandre, gérant de deux magasins Okay Compact à Bruxelles. La chaîne est déjà particulièrement engagée pour la diminution des emballages, qu’elle arrive à conjuguer avec des besoins pratiques : « On emballe pas mal de produits par deux. Pour nous c’est aussi une économie car on est sûrs qu’ils ne tombent pas sur la planche et donc ne se cassent pas. Avant, on les assemblait dans des sachets plastiques, maintenant ils tiennent ensemble grâce à une simple lanière qui les entoure. »

Et les changements ne s’arrêtent pas aux rayonnages de nos magasins. Le règlement européen s’attaque aussi aux traditionnels sacs de sorties de caisse. Les sacs en plastique « très légers » seront interdits, à l’exception d’usages strictement nécessaires. Chez Okay, l’heure est déjà aux sacs en plastique biosourcé, voire uniquement aux modèles réutilisables dans certains magasins. À propos de ces sacs, Matthieu Defour relève un non-sens dans les politiques de réduction des déchets plastiques. Au vu des restrictions imposées sur les conditionnements en plastique, de nombreux commerçants sont tentés de remplacer les sacs habituels par des sacs en papier. Cette solution a longtemps été prônée sans penser au fait que ces sacs en papier nécessitent un volume de stockage et de transport près de trois fois plus grand que celui des sacs en plastique, réduisant presque à néant le bénéfice recherché au départ de cette initiative.

Vers des consommateurs plus conscients

À travers ce règlement, l’Union européenne souhaite avant tout amener à une prise de conscience collective de la part des citoyens européens quant à l’importance de la réduction des emballages. Grâce à une série d’astuces, les consommateurs seront aiguillés sur la meilleure manière d’utiliser et de recycler leurs emballages. Le texte prévoit par exemple un système d’étiquetage qui permettra aux acheteurs de savoir précisément de quoi se composent les contenants et ainsi comment les trier et les recycler le plus efficacement possible. « Ce n’est pas seulement la responsabilité du producteur d’arriver à des emballages plus durables, c’est aussi le rôle du consommateur de s’adapter. » affirme Stephan Vandermolen. 

Mais même si la plupart des consommateurs commencent à adopter des comportements durables dans l’utilisation de leurs emballages, la question du coût de ces opérations reste centrale. D’après Stephan Vandermolen, les frais d’innovation des entreprises se répercuteront nécessairement sur le prix d’achat des clients.  

L’économie circulaire, LA solution ?

Cycle de vie d’un emballage : différence entre économie linéaire et économie circulaire. Alisée Pichon

Le texte du Parlement européen fait du recyclage la principale solution pour la réduction des déchets dans l’Union. Pour Renaud De Bruyn, expert chez Écoconso, il s’agit en effet d’un moyen pour atteindre les objectifs fixés par les eurodéputés, mais le recyclage devrait être considéré comme un complément à une technologie encore plus efficace : la réutilisation. Les contenants réutilisables sont plus intéressants d’un point de vue écologique. 

Le cas de la Belgique et l’impact sur l’emploi. Intervenants : Renaud De Bruyn (Écoconso), Stephan Vandermolen (FEB), Ingrid Bouchez (Valipac)

Pour Renaud De Bruyn, les objectifs fixés par le règlement en matière de réduction d’emballages (5 % d’ici 2030 et 15 % d’ici 2040) sont à la fois ambitieux et trop faibles compte tenu des enjeux actuels. « Il y a moyen d’aller beaucoup plus loin. On ne peut pas éviter les emballages partout, mais aller beaucoup plus loin, oui. » Cependant, l’Europe doit faire en fonction de l’état d’avancement de chacun de ses membres. Si la Belgique est le bon élève, d’autres pays sont à la traine en ce qui concerne la gestion des emballages. À l’origine, les exigences en termes de réemploi et de recyclage étaient beaucoup plus grandes dans le texte établi par Frédérique Ries, députée européenne du groupe Renew Europe et rapporteuse dans ce dossier. Elles ont été revues à la baisse au contact des lobbies, au détriment d’avancées plus conséquentes dans la lutte pour la diminution des emballages. 

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