Dans les coulisses du futur métro 3

Il y en a peu, des chantiers qui font couler autant d’encre. Le projet du métro 3 coûterait selon la ministre de la Mobilité près de 4,4 milliards d’euros. Et il dure ! Comment avance ce projet faramineux ? Je suis parti creuser le sujet.

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Photo : Hippolyte Waiengnier

Il y en a peu, des chantiers qui font couler autant d’encre. Le projet du métro 3 coûterait selon la ministre de la Mobilité près de 4,4 milliards d’euros. Et il dure ! Comment avance ce projet faramineux ? Je suis parti creuser le sujet.

Photo : Hippolyte Waiengnier

Sur le chantier sont placés de grands baraquements jaunes. Ce sont les bureaux temporaires des ingénieurs du projet. Christophe Rubbens est leur manager. Avant de descendre, il tient à me donner du contexte. Sur un large panneau blanc, il enchaîne les schémas. Tout ce qu’il me décrit semble complexe ; la moindre action menée sur ce chantier semble relever du défi. « Bon, on y va » me lance Christophe Rubbens en me tendant une paire de bottes crottées. J’enserre ma tête d’un casque, enfile une chasuble orange fluo. De quoi me fondre dans le décor.

L’esplanade de l’Europe encombrée d’un chantier qui n’en finit pas

Pour arriver à l’une des brèches menant aux futures galeries, nous devons traverser le reste du chantier. Le chemin est accidenté et sale, il y a de la terre partout. L’endroit est vivant, ça grouille de monde. Christophe salue ses collègues, parfois en hochant la tête uniquement, le vacarme rend la parole superflue. Les titillements des chaînes, le bruit des moteurs, de la ferraille qui se fracasse. Ce capharnaüm est pourtant très organisé.

Avenue Stalingrad, le trou béant est devant moi. Je descends les marches d’un escalier métallique monté sur des échafaudages et m’engouffre dans les tréfonds de Bruxelles. « Ici, dans sept ans, rouleront les métros », m’explique Christophe.

L’accès piéton à la station sera creusé après la destruction du palais du midi

Dans le trou où il m’a emmené, on distingue deux étages. Au-1, tout est déjà bétonné et illuminé, c’est là que seront posés les portes sésames et les escalators. En dessous, il y aura les futurs quais. Là, c’est encore boueux, sombre… et venteux. Les feuilles de mon calepin tremblent. De larges souffleuses amènent de l’air frais pour les ouvriers.

Un chantier délicat et complexe

S’ils sont une trentaine sur la totalité du chantier, dans le trou, ils ne sont que trois. Avec leurs monstrueuses machines, ils avalent jusqu’à 600m3 de terre par jour. « Les citoyens se plaignent souvent qu’on n’avance pas. C’est dur à entendre pour les équipes car c’est faux », relate Christophe. Un projet comme celui-là prend du temps, surtout sur le sillon Stalingrad. Dans ce quartier marchand, le métro ne sera pas très profond, les gros tunneliers ne sont donc pas employés. Des techniques un peu plus chronophages sont alors mises en place. On coule d’abord une première structure en béton puis on creuse sous le plancher.

« Vous voyez les deux murs de béton armé qui bordent la station, ils ont été coulés directement dans le sol, c’est pour ça qu’ils ont des aspérités », m’indique Christophe. « Une fois placés, ces murs étanches nous permettent de drainer l’eau de la Senne. Elle coule d’ailleurs de part et d’autre du tunnel, dans des canalisations enterrées. Autrefois, elle coulait à ciel ouvert ici ». En creusant, les équipes ont même retrouvé des trésors datant du Moyen Âge. Des sabots, des cornes d’animaux, des vêtements ou des déchets de tannage tous récupérés par l’Académie Royale d’Archéologie. Ces vestiges ne nous apprennent rien de nouveau, mais ils confortent des hypothèses. Il y a longtemps, pas loin du quartier, on tannait les peaux.

À faible profondeur, les techniques utilisées pour creuser sont plus chronophages

Un palais dans le chemin

En 1871, la Senne est voûtée pour cause de débordements et d’insalubrité. On profite des travaux pour bouleverser la ville en maints endroits. C’est précisément à cette époque que l’on construit un imposant complexe commercial sur le boulevard Lemonnier, le Palais du Midi.

Ce vieux bâtiment éclectique est encore très utilisé de nos jours. Quelque trente-deux commerçants, mille deux cents élèves et plusieurs clubs de sport occupent les lieux. Le problème : il est prévu que le métro passe en dessous des caves. Comment placer les murs en béton étanche sans accès par le dessus ? Comment parvenir à creuser sans que tout s’écroule ? « Les possibilités sont multiples, elles ont toutes été étudiées », signale Christophe. Il ne semble d’ailleurs pas y avoir de solution miracle. Toutes font débat. Celle qui a été retenue, c’est la destruction de l’intérieur du Palais du Midi. On garde son enveloppe charnelle mais son contenu est évidé. Après les travaux du métro, l’intérieur du bâtiment sera reconstruit, modernisé.

« Avant, le quartier était très vivant mais maintenant il n’y a plus grand monde qui vient par ici. »

Hassan tient un salon de thé dans le Palais du Midi depuis dix ans : « C’est une catastrophe pour moi ». Comme les autres commerçants, il devra quitter les lieux fin 2024. Malgré la compensation prévue, il vit difficilement ce congédiement par la Ville de Bruxelles. « Il y avait déjà moins de clients à cause des travaux juste devant la boutique, mais maintenant je sais que c’est la fin », m’explique-t-il avec une mine déconfite. Le permis de déconstruction est attendu pour l’automne de l’année prochaine. Les solutions pour indemniser les commerçants et relocaliser leurs activités sont encore discutées.

En attendant, les ouvriers creusent dans l’autre sens. La galerie s’arrête pour l’instant en dessous du palais. Selon les plans de la STIB, il va falloir attendre au mieux jusqu’à 2030, avant de pouvoir emprunter le métro 3.

« Le lit de la Senne se trouve sous nos pieds. Ce fut un défi technique à surmonter pour nos équipes. »
Personne ne rentre sur le chantier sans vêtements de sécurité
Une fois creusées, les galeries sont maintenues avec de larges tubes de métal pour éviter les affaissements
Le dénivelé doit être pris en compte dans la construction des souterrains
À plusieurs mètres sous terre, le chantier bat son plein

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