Anouk Van Gestel : soulagement pour l'hébergeuse de migrants

A l'issue d'un procès très médiatisé, rebaptisé "procès de la solidarité", la cour d’appel de Bruxelles a acquitté ce mercredi quatre « hébergeurs » de migrants qui étaient poursuivis pour trafic d’êtres humains. Noah El Majeri (étudiant de Bloc3) avait eu l'occasion de discuter avec l'une d'entre eux, la journaliste Anouk Van Gestel.

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Anouk Van Gestel (source : Facebook)

A l’issue d’un procès très médiatisé, rebaptisé “procès de la solidarité”, la cour d’appel de Bruxelles a acquitté ce mercredi quatre « hébergeurs » de migrants qui étaient poursuivis pour trafic d’êtres humains. Noah El Majeri (étudiant de Bloc3) avait eu l’occasion de discuter avec l’une d’entre eux, la journaliste Anouk Van Gestel.

Anouk Van Gestel (source : Facebook)

Être journaliste, c’est une mission de partage. Le partage des informations que l’on récolte, des nouvelles, qu’elles soient bonnes ou moins bonnes. Mais au-delà du simple partage d’informations, le journalisme, c’est aussi prendre conscience des nouvelles que l’on transmet. Pour Anouk Van Gestel, le partage a pris une dimension supérieure, il y a cinq ou six ans lorsqu’elle a découvert la jungle de Calais.

A l’époque Anouk Van Gestel travaillait en tant que journaliste dans la presse féminine. Myriam Berghe, une de ces collègues, décide de partir à Calais afin d’y voir, de ses propres yeux, le début de la jungle qui s’y créait. Choquée par la situation épouvantable qu’elle découvre sur place, elle y retourne avec Anouk. Cette dernière, tout aussi choquée, ne pouvait pas fermer les yeux sur ce qu’elle venait de vivre.

Photo : Ecolo Auderghem (source Facebook)

C’est là que pour elle le partage a commencé à prendre un autre sens, son engagement commence par la création d’un groupe Facebook, pour rassembler des tentes, des chaussures et d’autres affaires qui pourraient rendre la vie de ces hommes et femmes un peu meilleure. L’organisation Médecins Sans Frontières la contacte quelques jours plus tard, et la voilà qui accueille pour la première fois un jeune réfugié syrien. Amad, 21 ans, devait rester quinze jours chez Anouk. Il y passera dix mois. Dix mois très enrichissants, aussi bien pour lui que pour elle et au bout desquels, survient une victoire : des papiers pour Amad.

Bien que le premier, Amad n’est pas le seul à avoir trouvé refuge chez Anouk Van Gestel. Que ce soit pour une nuit ou pour plusieurs mois, la journaliste, alors rédactrice en chef de Marie Claire Belgique, accueille une cinquantaine de migrants qu’elle appelle des “amigrants”. Elle préfère les héberger sur le long terme, car c’est en passant du temps avec eux qu’elle estime vraiment pouvoir les aider.

Un ciel bleu devenu orage

Les ennuis commencent quand Anouk entend parler d’une rafle au Parc Maximilien. Folle de rage qu’on prenne à ces gens le peu de biens qu’ils possèdent, dont leur bien le plus précieux, leur téléphone, elle décide de s’y rendre pour montrer qu’il existe une Belgique solidaire. Sur place, elle fait connaissance d’un adolescent soudanais, chaussé de tongs de tailles différentes et dont la main est foulée. Elle décide de l’emmener chez elle pour le soigner. Le lendemain, elle est incapable de le ramener au parc. La suite est moins idyllique : des appels sur écoute, sept policiers qui débarquent chez elle à cinq heures du matin et un très long procès. Elle est poursuivie pour traffic d’êtres humains et association criminelle internationale. Elle sera une première fois acquitté, aucun élément ne permettant de prouver sa culpabilité, avant que le parquet général fasse appel du jugement.

Elle n’oubliera pas les menaces de mort sur les réseaux sociaux, ni les mots de ceux qui y voyaient une histoire “de coeur et de cul”. Anouk affirme n’avoir cherché qu’à aider un gamin de 17 ans, seul, perdu à près de 5000 kilomètres de chez lui.

Moi, je préfère voir le verre à moitié plein, je me dis je prends ça et le reste je le balance et je continue mon combat

Anouk Van Gestel

Malgré ces heures sombres, elle continue son combat pour que chaque être humain ait droit à la dignité. Portée par les messages de soutien, la haie d’honneur de 350 personnes qui sont venues la soutenir au tribunal et par tous les gens qui se lèvent près d’elle. Elle continue d’héberger des migrants et invite la population belge à suivre le mouvement.

Le gouvernement précédent n’a pas fait tout ce qui était en son pouvoir pour offrir un accueil digne à tous ces êtres humains à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Une plateforme citoyenne s’est mise en place, il y a trois ans, pour faire ce travail de l’État. Il existe des centres, comme la porte d’Ulysse, qui ont été créés par des citoyens avant que le gouvernement les financent, mais le gros problème de ces centres est qu’ils ont une capacité limitée qui est très souvent atteinte. Pourtant hostile face au gouvernement et ne voulant pas se lancer en politique, Anouk Van Gestel débarque sur les listes Ecolo en 2019. Ce qui l’a fait changer d’avis ? L’envie de soutenir Zakia Khattabi, coprésidente du parti vert de mars 2015 à septembre 2019, dans sa prise de position par rapport à l’immigration.

2014 : Anouk Van Gestel découvre la jungle de Calais avant de se mobiliser et de créer une page Facebook pour récolter des biens de première nécessité.
2016 : La journaliste devient rédactrice en chef de Marie Claire Belgique.
2017 : elle accueille Amad, un migrant syrien. Elle accueille plus tard Mohammed, un Soudanais de 17 ans.
20 octobre 2017 : quatre personnes sont arrêtés pour traffic d’êtres humains : les journalistes Anouk Van Gestel et Myriam Berghe, ainsi que Zakia S., assistante sociale, et Walid C., Tunisien résidant en Belgique.
Décembre 2018 : Anouk Van Gestel est acquittée. C’est la fin d’un procès qui aura duré plus d’un an.
Janvier 2019 : le parquet général fait appel
Mai 2019 : elle quitte le journalisme pour se lancer en politique avec Ecolo.
26 mai 2021 : la cour d’appel acquitte Anouk Van Gestel et les trois autres hébergeurs de migrants.

Noah El Majeri

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