Ami…l’pattes aide à tisser des liens

Ami…l’pattes est une association de Lessines qui existe depuis plus de 20 ans. Une dizaine d’enfants de zéro à six ans s’y retrouvent tous les jeudis et vendredis pour jouer ensemble. Une liberté pour ces familles bien souvent en difficulté.

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Arthur Gosset (CC BY NC ND)

Ami…l’pattes est une association de Lessines qui existe depuis plus de 20 ans. Une dizaine d’enfants de zéro à six ans s’y retrouvent tous les jeudis et vendredis pour jouer ensemble. Une liberté pour ces familles bien souvent en difficulté.

Arthur Gosset (CC BY NC ND)

« Allez les enfants, amusez-vous bien ! », lance directement une bénévole, en plein milieu de la pièce pleine de jouets. Parmi eux, on retrouve la petite Yluna, souriante et peu timide. « Elle a 10 mois, mais elle vient ici depuis qu’elle est née », raconte Jessica, sa maman. Yluna n’est pas son premier enfant, et la mère de famille venait déjà avec ses deux autres filles. Aujourd’hui, la question qui la préoccupe est sa situation financière. Comment peut-elle « survivre » sans aucune aide ? « Heureusement, les bénévoles de l’association me donnent des idées afin de trouver des solutions. Sans ça, je ne sais pas comment je ferais avec trois enfants à ma charge », dit-elle, les larmes aux yeux.

Chez Ami…l’pattes, les discussions et conseils s’échangent directement sur les tapis, en chaussettes. Personne n’échappe à la règle. Que ce soit Monique, une bénévole retraitée très proche des enfants ou encore Inès, la psychologue. Âgée d’une trentaine d’année, elle se rend à l’association tous les jeudis : « On est très loin des consultations habituelles, dans un cabinet. Parfois, certains ont peur de parler directement à un professionnel. Ici ce n’est pas le cas, tout le monde se raconte librement ».

À l’association, les gens parlent de tout, sans tabou, et surtout sans jugement, insiste la présidente de l’ASBL, Jeannie Letor. « Du bonheur, des peines. On évoque aussi les difficultés des parents. Mais ce qui fait surtout plaisir, c’est de voir ces enfants évoluer, s’épanouir grâce au cadre que nous leur offrons… ».

Des évolutions, il y en a. Et des belles ! « Des enfants qui viennent quand ils sont petits et qui entrent par la suite à l’école sans difficulté. Quand cela se passe comme ça, on peut vraiment être très fiers de nous ! », explique Inès.

Soudain, tout le monde s’interrompt : « Regardez, là, c’est Léanore ! Bonjour ! », lance la directrice.

SORTIR DE L’ISOLEMENT

Léanore semble connaître les lieux comme sa poche. Sur les tapis, la petite fille joue avec d’autres enfants comme si elle était avec ses copains à la maison. « C’est normal ! Elle est habituée maintenant », confie sa maman, Saskia. « En venant ici, elle se retrouve avec d’autres enfants, et n’est pas toujours scotchée à sa mère (rires). Depuis que Léanore fréquente l’ASBL, elle s’est vraiment ouverte, elle est vachement plus indépendante également. Et puis, c’est multiculturel, il y a des enfants originaires de partout. » Parmi eux, Mathias, un petit Espagnol qui habite à Flobecq, un village proche de Lessines. Comme ses parents ne travaillent pas, les permanences d’Ami…l’pattes sont un moyen pour eux de quitter la maison. « Grâce aux contacts que j’ai avec les parents, j’apprends à parler le français. Cela m’aide beaucoup », explique, non sans mal, la maman à l’accent hispanique.

Nancy, animatrice et trésorière de l’association, a une cinquantaine d’année. Mère d’un garçon, elle a fait la découverte de l’ASBL par hasard. « J’ai été maman assez tard, à 45 ans. Je vivais dans un village juste à côté. À l’époque, je n’étais pas encore précarisée mais proche de l’être et très isolée. Je commençais vraiment à déprimer. » C’est son infirmière à domicile qui lui a conseillé de prendre contact avec l’organisation lessinoise. « J’ai pu me rendre compte que je n’étais vraiment pas la seule dans cette situation. » Voilà presque 10 ans qu’elle est arrivée au sein de l’ASBL et elle n’est pas prête de partir. « C’est un peu comme ma deuxième maison. »

UN VÉHICULE POUR LES AMENER SUR PLACE

Il est 10h30, c’est l’effervescence autour de la salle de collation. Chaque enfant fait la file pour se laver les mains, condition obligatoire pour avoir son en-cas. Une fois les mains propres, ils sont placés à table. « C’est important pour nous que les enfants soient disciplinés. Cela permet d’avoir des règles qu’ils n’ont pas forcément chez eux », confie Jeannie, la directrice. Au menu du jour, soupe et tartines au beurre. « On leur propose gratuitement des choses saines à manger. Des fruits, du gâteau, de la soupe, cela varie beaucoup. » En cuisine, c’est Delphine et Chantal qui sont aux fourneaux. Tout en mixant les légumes, elles expliquent qu’elles suivent les conseils de l’ancienne diététicienne de l’équipe : « Il faut s’adapter à ce que peuvent manger ou ne pas manger les enfants. Certains petits sont allergiques à quelques aliments, il faut en prendre compte. Parfois, il faut éviter le beurre, la farine, le lait… On ne donne plus de confitures par exemple, c’est trop sucré. »

À table, les sujets sont divers mais du côté de l’association, l’un d’entre eux revient plus souvent ces dernières années, celui de la précarité. « On ne fait aucune différence entre les enfants, leurs parents. Il y a une grande diversité, aussi bien sociale que culturelle. Un seul mot d’ordre ici : la convivialité ! » Nancy, la trésorière, remarque malgré tout que la situation financière des familles se dégrade au fil du temps. « Cela n’évolue pas dans le bon sens, c’est clair ! Auparavant, les discussions étaient davantage tournées sur le divorce, par exemple. Maintenant, on parle plus de chômage. Certains parents n’y ont pas accès, perdent leurs droits, se retrouvent au CPAS ou sans ressources. Et à partir de ce moment-là, la situation peut très vite dégénérer. Il faut se battre mais c’est plus difficile de s’en sortir maintenant qu’il y a 10 ans. »

Les bénévoles doivent aussi répondre à des questions beaucoup plus vastes : un CV à mettre à jour, des difficultés pour habiller les enfants mais aussi pour se déplacer en transport. « Nous sommes en plein centre de Lessines mais certaines personnes viennent de villages à quelques kilomètres. Avant, ils ne savaient pas venir parce qu’il y avait parfois cinq à six kilomètres à faire à pied. Ce n’est déjà pas évident quand on est seul mais imaginez avec toute la famille… ». Depuis presque un an maintenant, l’ASBL a acquis un véhicule, avec l’aide de l’opération « Viva For Life » de la RTBF. « Et cela facilite la vie de certains. Par exemple, c’est grâce à notre chauffeur que la famille espagnole peut venir le jeudi et le vendredi. Sans ça, ce ne serait pas possible pour eux ! » Et ces aides financières, ces associations en ont bien besoin. « On pourrait presque fermer sans elles. Elles nous permettent de vivre, de survivre même », conclut Nancy.

Une bénévole en train de préparer la pièce des enfants. Des toboggans, des tapis...
La présidente de l'association jouant avec la petite Yluna dans les balles en plastique.
Une maman sur le petit vélo de son fils.

Barrath sur un petit vélo dans la pièce de la collation.
Le petit Barrath dans les bras de son papa.
La pièce de "vie" de l'association.
Les parents, les enfants et les bénévoles réunis dans la même pièce. Bien souvent assis.
Un enfant et sa maman en train de regarder les deux musiciennes jouer.
Deux personnes dans la cuisine de l'ASBL en train de préparer le potage du jour.
Une bénévole en train de distribuer la soupe aux parents et aux enfants.
Les bénévoles distribuent la soupe, les enfants la mangent.

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