Photos : Adrien Goffin
Dans la capitale, l’accès aux soins pour les personnes les plus précaires vient de subir un nouveau coup dur. Le centre de soins Athéna, structure de première ligne reconnue et active depuis plus de dix ans, a définitivement fermé ses portes ce 31 décembre, faute de financements suffisants. Cette fermeture intervient alors que d’autres dispositifs essentiels sont eux aussi fragilisés, à commencer par le Hub humanitaire, qui devra mettre fin, lui aussi, à ses consultations médicales le 31 mars 2026.
Depuis plus de 600 jours, Bruxelles est dépourvue de gouvernement. Cette situation institutionnelle prolongée entraîne des répercussions concrètes dans de nombreux domaines, dont celui de la santé. Le 31 décembre dernier, le centre Athéna a cessé ses activités, faute de garanties budgétaires.
Né d’une initiative locale en 2014 et constitué en ASBL en 2018, il offrait un accès aux soins sans condition, dit de « bas seuil », sans documents, sans barrières administratives. Il acceuillait autant des personnes sans papiers ou sans couverture médicale, que des personnes en grande précarité mais également des bruxellois et bruxelloises sans médecins traitant ou en rupture de soin. Depuis 2020 ce sont plus de 32 500 patients qui sont passés par le centre.
« Athéna était un maillon essentiel entre le soin, le social et la ville. Sa disparition laisse un vide qui ne sera pas comblé spontanément et dont les conséquences dépasseront largement ce centre » , déclare Pharmacy.brussels, l’Union des Pharmaciens de Bruxelles, dans un communiqué de presse.

Une fermeture aux conséquences sanitaires immédiates
En orientant les patient.e.s vers la première ligne, Athéna jouait en effet un rôle d’amortisseur sanitaire. Moins de passages aux urgences, moins de soins tardifs, moins de situations aggravées par l’attente ou l’abandon. Sa disparition intervient dans un contexte déjà critique ou les services d’urgence, notamment à l’Hôpital Saint-Pierre sont régulièrement saturés.
“Quand une structure de première ligne disparaît, ce sont les urgences hospitalières, les médecins généralistes déjà débordés et les services sociaux qui absorbent le choc”, rappellent les organisations partenaires.
Ce qui choque également c’est que la fermeture du centre n’est pas liée à un échec du projet, mais elle résulte d’une absence de décision politique claire, malgré les démarches répétées auprès d’une administration en affaires courantes depuis plus de 600 jours.
Selon Muriel Gonçalves, porte-parole de Médecins du Monde, les signaux sont présents depuis plusieurs mois : “Normalement les subventions sont renouvelées chaque année. On nous avait promis qu’elles le seraient, la demande avait été faite au début de l’année, comme d’habitude. Mais nous n’avons pas eu de réponse, ça a été traîné en longueur pour au final nous dire le 15 décembre qu’il y aurait des coupes drastiques qui ne permettent plus de maintenir les activités.”
Le 31 décembre donc, ce sont des milliers de patients, ainsi que 9 salariés qui ont été abandonnés par le pouvoir public, malgré un bâtiment parfaitement équipé et des équipes formées. Contacté, le cabinet du ministre Alain Maron (Écolo), chargé de la Santé, n’a pas donné suite à nos questions.
Un cas loin d’être isolé
D’autres structures de soins de « bas seuil » subissent également les effets de ces coupes budgétaires. Le HUB Humanitaire, situé à Tour et Taxis, fermera son offre de soins le 31 mars prochain. Ce centre assure une aide médicale, judiciaire et sociale aux demandeurs d’asile non pris en charge par Fedasil. Anticipant une coupe budgétaire d’environ 50%, Médecins du Monde, accompagné de la Croix-Rouge et de BelRefugees ont dû faire le choix de réduire l’offre de soins au sein de ce centre multidisciplinaire.

Muriel Gonçalves s’en indigne : “On est face à une politique d’effondrement de l’accès au soin pour les personnes en situation de précarité. Ces personnes se retrouvent jusqu’au 31 mars dans le hub humanitaire pour les soins mais après ils n’auront plus de solutions.”
« Une menace directe pour la santé publique à Bruxelles »
Les partenaires d’Athéna demandent aujourd’hui un positionnement clair et public du gouvernement bruxellois sur la continuité et le financement structurel de l’accès aux soins de première ligne. Car la santé publique, rappellent-ils, ne peut pas être une simple variable d’ajustement politique.
Pour la FAMGB, Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles, l’enjeu dépasse la seule gouvernance : “Il est urgent que les autorités bruxelloises prennent la mesure de ce qui se joue. L’instabilité institutionnelle n’est plus seulement un problème de gouvernance : elle devient une menace directe pour la santé publique à Bruxelles.”
“Il est inacceptable qu’un gouvernement se cache derrière les affaires courantes pour ne pas réagir face à cette urgence : affaires courantes veut aussi dire affaires urgentes.” concluent les 3 organisations partenaires d’Athéna.
Des discussions se poursuivent cette semaine entre les responsables politiques et les partenaires du centre, même si la décision semble, d’après les organisations, d’ores et déjà définitive.

